22 - Vivre la nuit

Vivre la nuit

2 octobre 2020 Voici le vaste thème d’aujourd’hui : La nuit, l’obscurité, le noir, les ténèbres mais aussi la nuit épaisse, dense, impénétrable, profonde ou lumineuse douce, veloutée, scintillante, une nuit d’encre ou brune, une nuit qui monte glaciale et transparente ou encore chaude sous les tropiques… La nuit ce sont aussi des parfums, des sons, des silhouettes ou des ombres, des illusions, des souvenirs, la solitude, le silence et parfois la liberté...

A - « Pourtant la nuit montait, pareille à une fumée sombre, et déjà comblait les vallées. On ne distinguait plus celles-ci des plaines. Déjà pourtant s’éclairaient les villages, et leurs constellations se répondaient… Il regarda autour de lui. Des nuages lourds éteignaient les étoiles. Il se pencha vers le sol : il cherchait les lumières des villages pareille à celles de vers luisants cachés dans l’herbe, mais rien ne brillait dans cette herbe noire… Il lui semblait que l’on se heurterait plus loin à l’épaisseur de la nuit comme à un mur. » Vol de nuit Antoine de Saint Exupéry

Proposition A

Nuit de ville ou de campagne, sur la route, en avion ou dans le train. Nuit d’hôpital ou chambre d’hôtel. Travail de nuit, garde de nuit, chaque nuit a son territoire, son histoire. Racontez une nuit de solitude dans l'un de ces décors, qu'elle soit réelle ou imaginaire, décrivez vos impressions, le décor, vos pensées, vos souvenirs. Eventuellement Flash-back sur l’enfance, ou un moment de votre vie revisité, une nuit particulière.


B - La double vie :

Le roman de Ketty Roof (née à Trieste en Italie en 1970) : On ne touche pas, rentrée littéraire 2020 chez Albin Michel. L'histoire : Joséphine est prof de philo dans un lycée de Drancy. Elle mène sa vie entre Xanax, Tupperware en salle des profs, et injonctions de l’Éducation nationale qui lui ôtent le sentiment d’exister. Chaque nuit, Joséphine devient Rose Lee. Elle s’effeuille dans un club de striptease aux Champs-Élysées. Elle se réapproprie sa vie, se réconcilie avec son corps et se met à adorer le désir des hommes et le pouvoir qu’elle en retire. "Il s’était mis à pleuvoir et je n’avais pas de parapluie. C’est pour ça que je suis entrée. J’ai traversé le rideau de lumière, marché sur le tapis rouge, et j’ai payé cent vingt-cinq euros, bouteille de champagne comprise. Tant pis pour le découvert et la gueule de bois. C’était il y a neuf mois, dernier jour de vacances après les fêtes de fin d’année (…) Moi, je me suis sentie vivre. Désormais, quand je ne m’assomme pas à coups de Xanax, je sors très tard au lieu d’aller dormir. Je marche dans Paris sans autre but que celui de me perdre. Pas de montre, ni de portable. La seule destination qui m’importe est le lieu souterrain de mon absence. J’erre, au hasard des rues. Le lendemain, ivre de fatigue, j’ai un peu moins mal. Je ne pense qu’à dormir. Il faut des besoins impérieux pour faire taire le chagrin. Hier soir, j’ai une nouvelle fois dépensé cent vingt-cinq euros, bu une autre bouteille de champagne, regardé le même spectacle. Le désir de voir la danseuse est revenu comme un besoin que la nuit décuple en rêve. Elle est toujours là, sur scène, dans la toute-puissance de sa nudité. Je l’envie terriblement. Pas seulement pour son corps, même si je veux savoir ce que ça fait d’avoir un corps parfait. Je l’envie parce qu’elle est nue. Parfaitement nue (...) "Proposition B

Un trottoir dans une ville, un soir d’hiver il ou elle marche devant vous dans la lueur des éclairages publics vers son autre vie, sa vie cachée, une vie où il ou elle se révèle à lui-même. Vous décidez de le ou la suivre pour savoir, pour comprendre. Décrivez sa destination, son évolution ou son changement, racontez les circonstances qui ont conduit votre personnage à vivre une vie nocturne secrète ou du moins discrète Vous pouvez également entrer dans la peau de ce personnage et raconter cette "vie cachée" à la première personne.

C - Poèmes de la nuit

Et pour cette troisième proposition, les très beaux poèmes de la nuit de Rainer Maria Rilke

J’aime les heures sombres de mon être

où s’approfondissent mes sens ;

j’ai trouvé en elles, comme en de vieilles lettres,

mon quotidien déjà vécu,

vaste et surmonté, comme une légende.

Elles m’apprennent que je possède

l’espace suffisant pour une vie seconde

et large et hors du temps (...)

(...)Obscurité d’où je naquis,

je t’aime plus que cette flamme

qui limite le monde

en éclairant

quelque orbe

hors duquel nul ne la connaît.

Mais l’obscurité retient tout :

les formes et les flammes, les bêtes et moi-même,

tels qu’elle s’en saisit,

les êtres, les puissances…

Et il se peut que quelque grande force

Se meuve à mes côtés.

Je crois aux nuits.

Rainer Maria Rilke, Le livre de la vie monastique (extraits)

Proposition C

A la suite de cette dernière lecture je vous invite à écrire un poème ou une méditation poétique en prose ou sous la forme que vous souhaitez ayant pour thème la nuit.

- Vous m’adresserez vos propositions pour le 9 octobre, date à laquelle je les mettrai en ligne. Merci de m’envoyer vos textes par mail, en pièce jointe (Word ou open office exclusivement)

- N'oubliez pas d'enregistrer votre pièce jointe à votre nom avec la référence de la proposition : exemple 22A - Mélanie Young

- Je vous considérerai comme participant à cet atelier lorsque j'aurai reçu votre texte.

- Pour le fonctionnement des ateliers, le tarif et la marche à suivre pour les commentaires, merci de vous rendre en page d'Accueil

Bon week-end à tous !