22A - Dominique B - La nuit

La nuit se lève. Cauteleuse et sournoise, elle étouffe de ses grisailles moroses les ors flamboyants des horizons embrasés. Les roses lumineux des soirs s’éteignent sous ses brumes endeuillées. Les chants des oiseaux attristés par les dernières lueurs ternes du jour se voilent et, peu à peu, se dérobent. Ses obscurités rampent sans bruit, inexorables. Quelques instants encore avant le sombre exil de toute chose. Ogre impitoyable, elle engloutit enfin dans ses profondes noirceurs les ultimes reflets des mers étales. La lune, parfois, tente une lutte inégale de ses rayons blafards, mais la nuit, implacable, dévore chaque ombre et gobe les espaces infinis. Autour de soi, seule l’absence du bonheur de voir demeure. Quelques frôlements d’ailes, des craquements de bois sec, des ululements maussades peuplent l’obscurité vorace. La nuit séquestre telle une muraille impalpable et mouvante. Elle étreint et étouffe de ses enlacements monstrueux. Que peut un corps devenu esclave et victime ? Que peut un esprit privé de ses sens ? Entendre ce que l’on ne peut voir est un supplice féroce qui enfante la chute vertigineuse dans les abîmes de la terreur.

Le monde des couleurs sombre dans les flots de sueur glacée qui enflamment mes tempes enfiévrées. Les battements désordonnés et sourds de mon cœur martèlent une funèbre marche qui me précipite dans des abysses meurtriers.

Qui, quoi pour me sauver de cet effroi ?