22A - Lydie F. Trail de nuit

Nous sommes tous en cercle, tous vêtus de noirs. Seuls nos dossards jaune fluo nous éclairent jusqu’à vingt-trois heures, départ prévu de notre course. Deux minutes avant nous allumerons notre lampe fixée à notre bandeau de tête ; le temps de vérifier qu’elle fonctionne bien. Respirations, piétinements d’un pied sur l’autre, frottements de nos vêtements acryliques. Nul autre bruit ne s’entend. C’est la règle : respecter la magie d’une nuit d’été. Et quelle nuit ! Des milliards de constellations nous entourent et nous éclairent. Silence exigé mais comment pourrait-on avoir envie de parler ?

23h 58, les têtes s’illuminent. Après un quart d’heure passé dans le noir et le silence, l’impression est violente. Avec la lumière frontale, les visages se dessinent à grands traits, découpés comme des masques. Dans deux minutes, nous allons tous nous élancer sur la piste de terre, seulement illuminée par ce mince rayon de lumière qui émane de nos fronts. Il faudra baisser la tête pour éviter les grosses pierres qui affleurent ou le pierrier qui pourrait nous entrainer dans le ravin. Si hauts perchés sur cette montagne, il n’y aura plus en ce monde que nos silhouettes noires et fluos qui n’échangeront plus que par rais lumineux au milieu d’un enchainement de crêtes que le nuit transforme en une succession de masses noires et anthracites. Nos corps seront projetés dans cette course au sommet dont la voie lactée sera le seul témoin. J’ai hâte !

23h00 : top, c’est parti !