22A - Nadège F La tête dans les étoiles

Elle avait roulé toute la journée, cherchant à fuir ce qui était son quotidien. A travers les paysages qui défilaient tantôt bruyants tantôt désertiques. Le paysage suivait son humeur, tantôt en colère tantôt absent.

Elle suivait la route, n’ayant aucun point de chute de prévu. Elle n’avait pas pu rester. Elle avait senti cet instant où il fallait qu’elle fasse son choix, rester ou vivre.

Alors que la pénombre commençait à envelopper la terre, elle se mit à regarder ce qui était présent à elle, une route arborée telle une allée menant à un autel, point d’horizon autre que du vert de la forêt. Elle continua à rouler dans cette danse feuillue que les rares rayons

du soleil offraient avant d’aller se perdre à l’horizon.

Elle arriva sur une aire de stationnement. Elle s’y arrêta. Elle était la seule voiture, la seule personne dans cette immensité de nature.

Le silence qui y régnait l’enveloppa entièrement. Tout ce calme, se silence l’angoissa. Elle sentit son ventre se contracter. Elle avait peur. La nuit noire lui rappelait le noir de sa vie, elle se sentait si seule dans sa famille. Elle devait être sur tous les fronts, elle portait toute sa

famille à bout de bras. Et cette accusation de trop avait été le déclic, elle avait pris ses clefs de voiture et était partie. Elle n’avait même pas pris de téléphone, rien d’autre. Assise au pied de la voiture, les yeux rivés sur le ciel noir. Sa vie, ses choix défilèrent devant ses yeux. Les larmes coulèrent. Elle pleura encore et encore, se lamentant sur elle-même.

D’un coup, un cri sorti. Un cri venant du fond de son ventre, rauque, animal. Elle crachait tout ce qu’elle n’avait pu dire. Elle prit conscience

qu’elle s’était oubliée, qu’elle s’était effacée. Ça faisait des années qu’elle faisait la sourde oreille à la petite voix qu’elle entendait préférant faire passer sa famille avant elle. Elle avait écouté ou plutôt obéi à ce qu’on attendait d’elle. Mais que voulait-elle ? Vraiment ? Elle ne savait pas.

La tête dans les étoiles, elle écoutait le silence qui commençait son chemin au fond d’elle. Son silence qui résonnait avec le silence de la nuit. Alors qu’une étoile se mit à briller, elle entendit « Choisis- toi ».