22A - Pascale G. La nuit immobile

La nuit immobile.

Après une journée chaude et moite, la nuit s’est installée tardivement. Les volets sont restés clos depuis la veille. Enfin, vers minuit, la température est devenue agréable. J’arrose les fleurs étouffées par la chaleur et je m’installe dans ma chaise longue avec un cigare, je me détends de tout mon corps et je respire. Tout est noir, la lune est cachée ou absente, pas d’étoiles, tout se confond dans l’obscurité. Seule la lumière du perron éclaire cette noirceur immobile, aucun insecte, aucun papillon ne volète autour de la lampe. Les oiseaux se sont tus, tout est calme, pas un souffle, pas un bruit, à part celui de la chatière électronique lorsque les chats entrent ou sortent de la maison. Je suis figée comme tout ce qui m’entoure, incapable de bouger. J’écoute ce profond silence avec étonnement ; cette atmosphère lourde devrait être angoissante, et bien pas du tout, une immense paix m’envahit. J’écoute attentivement pour ne rien entendre. Le seul mouvement est celui de la fumée gris bleuté du cigare s’échappant de ma bouche en larges volutes lentes et vaporeuses.

J’ai l’impression que le temps ne passe plus, il est immobile lui aussi, en suspens d’aucune attente. J’observe cette inertie de toutes choses, j’en suis imprégnée en profondeur et je deviens moi-même « cette nuit ». Je suis en dehors du temps.

Les chats sont attentifs à je ne sais quoi, mais ils perçoivent des choses interdites et inconnues pour moi ; ils veillent, ils guettent, et moi, je me laisse aller dans cette évanescence de fin de soirée particulière et étrange où les rêves ne sont pas encore utiles pour échapper à la mouvance du jour.

Pascale Grilliat