22A- Christine B - Une nuit cauchemardesque

Une nuit cauchemardesque

Mars 1980, j’ai tout juste 20 ans et je travaille depuis quatre mois dans une nouvelle entreprise. Mon directeur m’inscrit d’office à une formation. Je me dois de connaître la culture de l’entreprise, son histoire et ses différents métiers. Pourquoi pas ! Le problème pour moi, la formation se passe à Paris, la capitale. Paris immense ville inconnue pour la petite provinciale que je suis qui n’est jamais partie seule au-delà de 100 kms maximum de son domicile. Je n’ai pas vraiment le choix. Je réserve donc mes billets de train et mon hôtel en respectant bien les plafonds de remboursement qui me sont imposés, je ne peux pas financièrement me permettre trop de folie.

Le jour J arrive, départ pour la capitale. Mon train prend du retard, il y a eu un suicide sur la voie durant le trajet. J’arrive vers 22 heures, je dois prendre le métro pour rejoindre mon hôtel je sens déjà l’angoisse me gagner. J’ai peur de ne pas prendre la bonne ligne, j’ai peur des gens qui font la manche dans les couloirs. Je sors de ma station totalement perdue. Le téléphone portable et ses applications pour se diriger n’existent pas. Je dois me replier sur le plan du quartier pour trouver la rue de mon hôtel. Mais voilà je n’ai aucun sens de l’orientation et je sais que je vais prendre la direction opposée de ma destination. Je n’ai pas envie de traîner des heures dans ces rues inconnues, je me décide à demander mon chemin à la première personne que je croise, en espérant que ce soit un parisien. La chance me sourit, mon hôtel est à 5 minutes.

Je suis scrupuleusement les informations et j’arrive devant cet endroit. La façade est lugubre, le hall d’entrée n’a rien à lui envier, le réceptionniste non plus. J’aurai peut-être dû prendre la gamme au-dessus, quitte à en être de ma poche. De toutes les façons il est trop tard pour ce genre de réflexion, je vais devoir faire avec. Ce Monsieur m’indique mon numéro de chambre, me donne ma clef : bonne soirée Madame. Quelque chose me dit que cela ne va pas être le cas.

J’arrive au troisième étage, chambre 324. J’ouvre la porte, ma désillusion est à la hauteur de mon désespoir. Tout est sinistre ici : la salle de bain est vétuste, les rideaux sont fatigués, le mobilier d’un autre âge, mon lit je vais le tester ! Je renonce à sortir pour dîner, il est trop tard, je ne me sens pas de parcourir les rues parisiennes à cette heure tardive, on va dire que je vais faire un micro-jeûne.

Je range mes habits dans l’armoire, j’installe mes produits de beauté dans la salle de bain et compte tenu de l’heure avancée j’appelle la réception pour programmer mon heure de réveil demain, je me dois d’être à l’heure à ma formation.

Je suis fin prête pour une bonne nuit de sommeil réparatrice de mes déconvenues de la journée. Brossage de dents, démaquillage et dodo bien mérité !

Je m’installe dans ce lit au matelas plutôt éprouvé par le temps autant dire inconfortable, mes volets sont fermés et je ressens dans cette chambre une atmosphère pesante. Il n’y a rien de chaleureux ici bon après cela reste un hôtel ! Une dernière vérification pour me sécuriser, je regarde sous le lit pour m’assurer que personne ne s’y cache.

Je décide enfin d’aller essayer de dormir. Je ferme les yeux mais je ne trouve pas le calme. J’analyse tous les bruits qui me parviennent. Dans la chambre au-dessus un lit qui grince en cadence. Je ne sais pas ce que je donnerais pour avoir moi aussi un homme dans mon lit. Des bruits dans le couloir, des voix d’hommes qui parlent fort, ils pourraient quand même respecter les autres clients, il est déjà une heure du matin. Leurs propos me semblent très confus, ils sont peut-être alcoolisés. Et s’ils se trompaient de chambre, s’ils essayaient d’ouvrir ma porte. La panique me gagne, j’aurai dû amener mon opinel ou une bombe lacrymogène, je n’ai rien pour me défendre.

Je saute hors de mon lit, il faut que je barricade cette porte. En essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas attirer leur attention je coince une chaise sous la poignée de la porte, j’ai vu cela dans un film une fois. Est-ce que c’est suffisant ? Non je ne pense pas. Je commence à faire glisser le bureau en chêne, j’arrive à l’amener devant la chaise.

Je m’arrête essoufflée par mon effervescence, mon cœur bat vite, mes mains tremblent, j’ai la sensation d’avoir fourni un effort intense, d’y avoir laissé toute mon énergie. Je m’assoie à nouveau sur mon lit, je sens le vertige qui monte. J’essaye de ralentir les battements de mon cœur qui raisonnent jusque dans ma tête. J’essaye d’éviter ce qui ressemble fort à une crise d’angoisse. Ma vue se brouille, j’ai peur, je n’arrive plus à respirer normalement. Mon plexus est devenu un nœud dur et douloureux sous mon sternum, il va exploser c’est sûr. Je vais mourir seule dans cette chambre d’hôtel, je ne peux appeler personne pour venir me secourir.

Peu à peu j’arrive à me calmer, à arrêter de divaguer. Je n’ai jamais entendu parler dans les faits divers d’agressions dans un hôtel. La probabilité qu’un autre client pénètre dans ma chambre est infinitésimale.

Je vais à la salle de bain me rafraîchir un peu. Je retourne me coucher sur le dos, bras en croix et je fais de longues respirations pour me détendre un peu et peut-être réussir à m’endormir. Il est 3 heures, ma journée va me semblait très longue demain.

Christine Brucher