22B - Pascale G. Le petit voisin

Le petit voisin

Il s’appelle Paul, âgé de 13 ans, il vit sur le même palier que moi chez sa grand-mère, Madame Dunoyer, une dame âgée de santé fragile pour laquelle je vais faire quelques courses deux fois par semaine. Paul est orphelin de père et de mère depuis l’âge de 8ans et a été recueilli par sa grand-mère.

Je le rencontre dans l’escalier presque chaque jour quand il va à l’école, on se dit « bonjour » et je lui demande des nouvelles de sa grand-mère.

Depuis quelques temps, j’ai remarqué qu’il sort tous les soirs vers 22 heures. Sa grand-mère doit être couchée et je l’entends dévaler l’escalier. Je trouve cela bizarre, que va-t-il faire à cette heure-là à son âge et où va-t-il ?

Un soir, n’y tenant plus, je décide de le suivre. Il traverse la rue et se dirige vers les quais de la Seine à la hauteur de la place du Châtelet. Il descend sur les quais et marche en direction du Louvre. Il n’y a plus grand monde : quelques clochards, des couples d’amoureux et des sportifs tardifs ayant besoin de décompresser en courant à petites foulées.

A distance, je continue de suivre Paul. Il s’arrête brusquement sous le pont avant le Louvre. Je distingue deux silhouettes masculines s’approchant de lui. J’ai l’impression qu’ils font avec Paul un échange de quelque chose ; puis les deux hommes repartent en sens inverse et Paul revient vers le Châtelet. Dissimulée derrière un pilier, je le laisse passer et reprends ma filature. Je me pose beaucoup de questions. Quel est cet échange avec les deux hommes ? Je décide de lui parler et arrive à sa hauteur. Très surpris en me reconnaissant, il tente de s’enfuir mais je le retiens par le bras de toutes mes forces et lui demande de m’expliquer ce qu’il fait là à une heure pareille et quel est cet échange avec les deux hommes que j’ai vus ? Il tremble de peur, tétanisé, il ne dit pas un mot. Le tenant toujours par le bras, de mon autre main, je fouille dans ses poches et je sors un sachet en plastique de poudre blanche !

« Ah, c’est ça ! tu vas chercher de la drogue tous les soirs ! Te rends-tu compte de ce que tu fais ?

« Mais Madame, c’est pour ma grand-mère, vous savez bien qu’elle est malade, elle souffre trop et le médecin ne veut pas lui en donner. »

Pascale Grilliat