23 - Le goût des autres

Le goût des autres 16 et 17 octobre 2020

Un atelier et trois propositions pour explorer l’existence des autres. Aujourd’hui je vous propose d’écrire avec écrire notamment, Emmanuel Carrère et Laurent Mauvignier qui délaissant la fiction ont choisi « la vraie vie, » celle des autres au point de dire comme Laurent Mauvignier « J’essaie d’écrire des histoires vraies que je n’ai pas vécues, que personne n’a vécues… » Et tout le paradoxe de l’écriture est dans cette citation…

Une vie D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère « À quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire ? (…) C'est une situation assez rare de se retrouver à dire non seulement ce qu'on a vécu, mais qui on est, ce qui fait qu'on est soi et nul autre, à quelqu'un qu'on connaît à peine. ( …) Plus Patrice me parlait, cet après-midi sous le catalpa, plus j’étais étonné de la confiance qu’il me témoignait. Je n’avais pas l’impression que cette confiance s’adressait à moi en particulier : il l’aurait témoignée à n’importe qui parce qu’il n’avait jamais pris le pli de se méfier. Un vague beau-frère écrivain, auteur qui plus est de livres réputés noirs et cruels, débarquait chez lui (…) le priait de raconter sa vie, alors il racontait sa vie. Il ne cherchait pas à se donner le beau rôle, n’avait aucun souci de mon opinion. Il n’était pas fier, il n’avait pas honte. Consentir à être sans défense lui donnait une grande force. »

Proposition A

Ecrire, c’est aussi écrire la vie des autres, se faire le témoin d’un récit ou d’une confidence s’en saisir pour en faire son miel d’écrivain ou pour transmettre, partager à son tour.

Je vous propose de rédiger un peu à la manière d’Emmanuel Carrère, dans une langue simple et précise, attentive, un récit qui vous a été fait dans un moment d’intimité ou de confiance. Ça peut être aussi une tranche de vie à laquelle vous avez assisté, une vie ordinaire d’homme ou de femme que vous allez nous raconter.

L’illusion

Apprendre à finir de Laurent Mauvignier Ce roman raconte un couple au bord de la rupture, un accident de voiture… Pour elle, ce serait l'occasion d'oublier les infidélités, les mesquineries, les haines accumulées ; de repartir à zéro en se dévouant tout entière à la guérison de l'être cher. Mais très vite pointent à nouveau les doutes : et si tous ces espoirs n'étaient que chimères ? Et si l'autre, la rivale abhorrée, n'avait pas disparu ? Car "rien ne change. Tout est déjà là. Rien, il n'y a qu'à attendre ce jour qui vous délivrera de l'illusion des autres, c'est tout « Moi, je voulais être ce qui lui faisait défaut, être ce qui manquait comme lui parfois avant, quand il me manquait et que je croyais que je ne pourrais plus jamais respirer, ni mordre dans un fruit sans risquer de m’étouffer (…) Et je ne pouvais plus parler. Et je me taisais pour ne pas avoir à hurler, oui - ce qu'il faut savoir apprendre à ne pas crier, ce qu'il faut taire de douleur pour se sauver d'un déluge de mots comme du feu qui détruirait tout de soi et des autres, hein, dis pour qu'une fois on puise la force de continuer sans avoir rien à se reprocher. (…) Pourquoi tu ne dis pas : je sais, je sais bien que nous deux c'est perdu. C'est si dur que ça, dire ça, quand on est un homme ? Mais moi, est-ce que je pourrais te dire ça à toi ? Avec mes mots qui ne te touchent jamais, dis, puisque de moi rien ne te touche, maintenant, ni mes paroles, ni mes mains... »

Proposition B : A la manière de Laurent Mauvignier, je vous propose de rédiger à la troisième personne de préférence (il ou elle) un texte où il serait question de l’illusion, ça peut être aussi l’attente, la déception. Votre personnage, réel ou imaginaire aurait attendu : Un amour, une amitié ou quelque chose qu’il ou elle pensait mériter et qu’il n’a finalement pas eu : la gloire, la beauté, l’amour, la réussite, l’argent ?

Ce qu’il ou elle attendait n’est pas venu ouest venu trop tard. L’important c’est de garder ce ton un peu particulier presque lancinant entre la plainte, la colère et la résignation.

Poème ou évocation poétique : L’éloge

Yvonne

La soif hospitalière

Qui l’entendit jamais se plaindre ?

Nulle autre qu’elle n’aurait pu boire sans mourir les quarante fatigues,

Attendre, loin devant, ceux qui viendront après ;

De l’éveil au couchant sa manœuvre était mâle.

Qui a creusé le puit et hisse l’eau gisante

Risque son cœur dans l’écart de ses mains.

René Char Le nu perdu

Proposition C :

Rédigez sous forme de poème en vers libre (ou évocation poétique), l’éloge d’une personne que vous avez admirée ou celui d’un personnage imaginaire.

Merci de m'adresser votre ou vos propositions avant le vendredi 23 octobre par mail en pièce jointe en prenant soin d'enregistrer votre texte sous votre nom avec la référence de la proposition par exemple : (23A Marie B)

Vous êtes considéré comme participant à l'atelier lorsque je reçois votre texte.