23B - Claudine O; L'illusion

Elle a le sentiment de passer à côté de lui. Tout ce qu’ils auraient pu partager, tout ce qu’il refuse de lui donner. Mais refuse-t-il ce qu’elle ne lui demande pas ?

Tout ce qu’il refuse de recevoir et qu’elle aurait tant aimé lui donner. Elle l’aime, mais elle aime une illusion. Sait-elle seulement qui il est ?

Pourtant, pourtant, quand il lui parle, sa voix est différente, se fait plus douce ?

Illusion tout ça. Mais ça fait mal de toucher le bonheur du doigt et de le voir s’envoler.

Alors elle se punit. Elle se punit d’exister, elle se traite aussi durement que possible. Ne pas dormir, ne pas manger, maigrir suffisamment pour se faire oublier, pour devenir elle aussi une illusion. Elle s’enferme avec son piano pour essayer de sortir quelque chose de beau de ce désastre qu’est devenu sa vie. Elle n’y parvient pas.

L’illusion a la vie dure. Tantôt elle voudrait ne plus exister, trouver un ailleurs où il n’est pas ? Mais il est partout, puisqu’il vit en elle. Elle n’a envie de rien et surtout pas de vivre. Elle est dans l’attente de le voir et dans la terreur du mal qu’il peut lui faire, rien qu’en étant lui-même. Il est la cause de toute ses angoisses et lui seul peut les apaiser. D’un mot, d’un regard, sans pour autant rien donner de lui-même.

Un jour elle extirpera de son cœur toute capacité de rêver, toute illusion de bonheur à deux. Quitte à tout détruire, il faut que ça brûle. Un beau feu de joie, non un feu de malheur, Lui c’est un calque qu’elle a posé en illustration du mot « bonheur ». Un jour elle brûlera le calque. Elle s’interdira de sa présence comme on se fait interdire de casino. Elle sera dure avec elle-même, déballera ses tripes sur la table et les remballera parce qu’il faut marcher, aller de l’avant.

On ne meurt pas pour une illusion.