24 A - Frédérique B. - Minuscules

MINUSCULES J’imagine que ce passage du Noir Profond à l’Outrenoir s’accomplit lorsqu’à mon corps défendant, mon cerveau décrète qu’il est temps d’amorcer une transition vers la réalité. A moins qu’il ne résulte de l’afflux de lumière qui pénètre dans ma chambre, alors que je ne suis là pour personne, ni même pour le voir. C’est à cet instant qu’émergent mes premiers émois conjointement à… Une multitude de « Moi ». D’abord apparaît Le Serein, droit comme le « i » d’« Inébranlable », il est gracieux au réveil ; mais je suis une femme et il est un homme. C’est probablement en raison de cette dissonance que le colosse s’éclipse fissa devant La Systématique qui fixe mes objectifs de la journée : Elle liste, compte et décompte, ce n’est pas une poète. Puis c’est le tour de l’ambitieuse qui place la barre haute en m’assenant l’adage qui veut qu’en visant la lune, on atterrisse éventuellement dans les étoiles. Horloge en main, elle pointe mes rides et le temps qu’il me reste. Elle se trouve rapidement déstabilisée par La Froussarde, qui elle s’applique à positionner la barre de manière à bloquer ma progression ; Forte d’imagination, de créativité, elle réussit à me mettre au tapis avant même que j’ai commencé à me battre. Fine stratège, elle s’allie souvent au feignant, pour renforcer son ascendance et m’assurer une défaite. Dans un instant de lucidité, je rappelle Le Serein qui me répond en simulant l’évanouissement tandis que l’avenante mercantile me tend gentiment la main et me remet sur pied.

Entre eux et bien d’autres, s’immisce ma mémoire, passagère discrète toujours prête à refaire surface avec ses ombres qui floutent l’instant présent. Bien heureusement, mon deuxième cerveau, équipé de ses quelques 200 millions de neurones dont l’influence sur le fonctionnement cérébral ne semble plus être un secret pour personne, entre en action. Il me guide, de mon lit à la cuisine, pour une première tasse de café accompagnée d’un muffin. Elles sont toujours là, ses minuscules mais redoutables créatures, alors que je démarre ma journée. À la question « es-tu seule ?», j’hésite souvent sur la réponse à donner.

Frédérique B.