24 A - Claudine Minuscule disent-ils

Confinés. Je n’aime pas ce mot. Il commence dans la confiture et aussitôt c’est la fin. Alors oublions-le. Ce que nous vivons, appelons ça « la chose ».

Cette chose, je l’ai déjà vécue. Au printemps. Isolée chez moi, toute l’empathie du monde passait par l’écran de mon ordinateur, j’étais utile, je soulageais, j’aidais tous ceux qui souffraient ou qui soulageaient ceux qui souffraient.

Là, c’est le vide. L’absence des autres, la présence de moi-même. Omniprésente. Pour me construire, me reconstruire, je recherche le vide. Pour mieux le meubler.

Et on dirait que je l’ai trouvé… Ah mais non, mon univers est peuplé de petits riens minuscules auxquels je n’attachais guère d’importance avant « la chose ».

Minuscule ; Je n’aime pas ce mot non plus. Il se recroqueville, il se terre. Opposé à Majuscule qui s’envole, occupe l’espace, flamboyant. Mais minuscule c’est aussi l’infiniment petit, un monde de beauté que l’on ne voit pas.

Et là je m’attarde, luxe inouï, à regarder, à sentir, à entendre, à ressentir ce qui d’habitude passe inaperçu.

Le matin, je refais connaissance avec ma chambre. Sans réveil aussi sonore qu’électronique. J’ouvre les yeux et j’essaie de deviner l’heure grâce à la lumière qui me fait face par la seconde fenêtre de ma chambre. Mais elle triche cette lumière, les nuages sont ses complices pour créer une palette de couleurs, toutes les nuances de gris… Et s’il n’y a pas de nuages c’est tout bleu. Je ne suis pas loin de m’émerveiller devant ce bleu soyeux.

Une rose d’automne, attardée, se balance doucement sur le rosier grimpant derrière cette deuxième fenêtre décidément riche en spectacles minuscules. Elle ne sait pas trop de quelle couleur elle est, cette rose, le rose flamboyant de l’été fait place à une teinte d’ivoire juste griffée de rose.

A mesure que le sommeil s’éloigne, mon champ de vision s’élargit. Je redécouvre ma chambre, mon décor familier qui me raconte une histoire que je ne prends jamais le temps d’écouter.

Retour à la vie du jour. L’irrésistible attraction du café odorant m’oblige à descendre. Désir ou besoin ? Mais le besoin ne crée-t-il pas le désir ? Quoi qu’il en soit, j’ai une véritable envie de café. Noir, odorant.

En bas m’attend la cuisine et le café tant désiré. Je le savoure, son odeur, la chaleur de la tasse entre mes mains, les jolis motifs bleus de la tasse, le gout si prenant qui me replace tout de suite dans la journée, ce matin qui commence. Mon regard va vers le jardin, je le regarde et je me sens bien.

Minuscules, ces petits plaisirs ? Allons donc…