24 A - Lucie B - Planète minuscule

Un point jaune lumineux, là-haut, dans la nuit naissante. Aperçu le premier soir de mon arrivée en Corrèze, il y a un mois. Et revu toutes les nuits depuis, sauf lorsque le ciel est entièrement couvert.

SkyView, l'appli sur mon iPhone, m'informe qu'il s'agit de la planète Mars. Elle est jaune, pas verte. La planète, je veux dire.

Mars m'a séduite. Chaque soir, je l'attends. Elle se pointe à l'horizon, puis elle entreprend son voyage nocturne d'Est en Ouest. Lorsque je me lève la nuit, elle me sourit. Je lui souris en retour. Je l'accompagne un peu dans sa céleste traversée. Comme des amies, nous sommes bien ensemble.

Majestueuse dans le ciel étoilé, Mars est immensément minuscule à mes yeux. Elle est pourtant plus grosse que la majorité des astres qui l'entourent. Et la seule à être jaune. Il me semble que, pour mon seul bonheur, elle reste longtemps dans mon champs de vision. Un peu plus tard en soirée apparaissent Saturne et Jupiter, côte à côte, comme des sœurs jumelles . Puis Vénus et Mercure arrivent en fin de nuit. J'aime à imaginer qu'elles sont copines, toutes ces planètes, qu'elles se connaissent bien, depuis le temps qu'elles tournent dans le même sens, et qu'elles se rencontrent au gré des saisons.

Similairement à ce qu'un certain auteur a écrit il y a près de 75 ans, c'est le temps que je prends pour ma planète qui rend ma planète si importante. En admirant si souvent la belle lumière dorée qui émane de Mars, sa présence me rassure et m'est devenue presqu'indispensable. Quant à elle, ma planète vit sa vie; elle avance lentement que je la regarde ou non.

Dans mon actuel univers rural, loin de mes repères urbains d'un autre continent, j'ai toujours grand plaisir à la retrouver. Confinement ou non, nous continuons à nous fréquenter, à des années - lumière l'une et l'autre, minuscule point d'intérêt.

Syllogistiquement [1], mais faussement, j'aurais envie de dire :

Mars est lumineuse.

Le soleil est lumineux.

Ainsi, Mars est mon soleil.

[1] J'aime bien mon idée mais Aristote n'aurait pas été enchanté par l'absence de rigueur de mon raisonnement qui nie la logique exigée pour tirer une conclusion presque mathématique des prémisses présentées.

(https://amphisciences.ouest-france.fr/2017/07/16/quest-ce-quun-syllogisme/)

Lucie Brien