24 A - Dominique B - Une soirée

Que c’est étrange ! Pas envie d’écrire depuis quelques jours. Pas du tout. Sans raison particulière pourtant. Le vide a pris toute la place. Soleil ou grisaille ne changent rien. Le verre de vin blanc non plus. Comme en marge d’un monde irréel, je contemple la béance du rien qui m’entoure. Personne. Si…la caissière du supermarché, muette derrière son masque. Je vaque sans ardeur, effaçant la poussière ou taillant les lavandes. Je ne suis pas présente. Pas absente non plus. Juste un engrenage machinal incolore. Rien à dire, rien à écrire… rien à vivre. Vérifier mes mails une dernière fois. Une amie m’envoie un sourire et un lien. Lassée des commentaires politiques et des jeux de mots approximatifs, j’hésite puis je clique.

Sur l’écran, une lune émerge à demi d’un océan d’obscurité. Un piano s’inscrit en ombre chinoise sur sa clarté. Le silence d’abord. Puis l’immensité s’anime…d’une seule main d’abord se déroulent des notes délicates, solitaires, d’une sonorité presque neutre. L’autre main, d’un accord sombre, ponctue lentement, discrètement le chapelet lancinant. Leurs résonances se rejoignent peu à peu. Des notes plus légères émergent. De mélancolique, leurs harmonies voyagent vers un élan mesuré et paisible. Submergée. Chaque note m’atteint comme un appel. Un rappel. La beauté irrigue à nouveau le monde mystérieux et infini du désir. Les larmes qui trempent mes joues ne sont pas tristes.

La vie, ma vie reprend…