24 A - Pierrette C - Dans les rues désertes

En novembre, au début du deuxième confinement, je marche, pas tout à fait seule, l'orchestre dans ma tête joue un air de jazz d'Ibrahim Malouf. Je marche dans les rues désertes, mon téléphone au fond de ma poche vibre, c'est WhatsApp... une vidéo, fenêtre ouverte sur un ciel bleu dur. Plusieurs tableaux défilent sur l'écran. Où sont les mots pour écrire le vide de Hopper, le peintre qui a le mieux capturé la solitude, cette femme seule assise dans sa chambre, assise face au ciel vide, cet homme seul à sa table, il regarde le vide, ce couple qui s'ignore, puis un dialogue de sourds, une maison isolée, abandonnée, trois pompes à essence rouges dressées attendent un client au bord d'une une route déserte. « Ce n'est pas rien d'être occupée par le vide ».

On attend, comme s'il allait se passer quelque chose dans le tableau, on attend comme Giovani Drogo dans le Désert des Tartares, on attend comme dans Godot, dans le vide de l'existence. Que faire ? La formule interroge, mais si je comprends bien, on peut remplir le vide avec des petits riens, avec des trois fois rien, avec des mots par exemple... On peut jouer avec les mots, les mots sont minuscules, légers ils circulent, ils se faufilent, si l'on peut dire ils ont bon caractère, ils sont bavards les mots, ils disent tout et son contraire, souvent ils ne sont pas tendres c'est pourquoi il ne faut pas mâcher ses mots, les avaler, les peser encore moins... Ils aiment qu'on les cherche...

Prendre le ciel à bras le corps, écrire les mots, les petits riens, les trois fois rien, les mots en l'air, comme ça, l'air de rien sur le désert du ciel bleu.

Au loin, tout au bout du regard, là où l'ombre n'existe pas..., un point... un point minuscule apparaît, c'est peut-être un mirage... ?

Je marche