24 A - Valérie W - Le 11, marche n° 1

Loin du ciel de novembre, entendez-vous les faibles battements de ce cœur attentif, les yeux rivés sur les minuscules boules blondes et légères, posées dans le fond d’un bain tiède ?

Les secondes s’écoulent en minutes, le mystère s’épaissit. Les grains vaporeux semblent s’étirer.

Peu à peu, l’eau se fait velours. Murmure d’une conversation secrète alors que se forment de petits trous, profonds comme des puits d’où s’échappent des grappes moelleuses. Une brume vient troubler le liquide clair.

A la surface, les paquets de grains se fondent maintenant en une nappe blonde comme une promesse de plaisir dans l’effervescence. Silencieuse ébullition de la vie. Voici qu’apparaît une île avec son volcan aux pentes arrondies. Enfin, la levure du bol s’apaise, se tasse, se tait.

Pleine de sa douceur blanche, la farine salée se creuse pour accueillir le mélange odorant. Dans un soupir, l’ensemble pétri avec lenteur et détermination développe à présent ses arômes, posé sur une table, entre âtre courtois et canapé sage. Confinées dans les plis de la pâte, des myriades de bulles d’air, ignorantes de leur destin, naissent de la fermentation insolente de petits êtres unicellulaires. Ivres de gluten frais, elles gonflent, se rejoignent, s’élancent pour se quitter à nouveau, dans une farandole de rires fous, lovées dans la molle caresse d’un univers inconnu.

Choc à l’entrée du four démoniaque. Malgré la grigne profonde comme un champ de bataille, la cuisson du pain enferme inexorablement dans sa croûte intransigeante ses prisonnières insignifiantes, résignées, sacrifiées par un fier bipède sur l’autel du triomphe céréalier. Le 11 novembre s’achève. Pride, pomp and circumstance…