24 A - Pascale G. - Les petits riens

Les petits riens

« Les petits riens » ont l’air bien minuscule sur toute une vie, et pourtant, s’ils n’existaient pas, la vie vaudrait-elle la peine d’être vécue ? Moi, je les appelle « petits bonheurs quotidiens ». Ils arrivent tous seuls, à notre insu. Ils viennent comme un soupir de bien-être. Ils jalonnent et embellissent notre vie jour après jour mais on ne les perçoit pas toujours, alors ils s’évanouissent dans l’indifférence. Leurs spécificités sont la fugacité et la multiplicité, il faut vraiment les saisir quand ils se produisent mais ce n’est pas grave, si on en laisse passer un, d’autres se présenteront rapidement. Leur seule exigence est notre disponibilité afin de pouvoir les apprécier comme ils le méritent. Ils existent dans le registre de nos sensations et de nos émotions :

ils viennent comme un clin d’œil échangé,

un sourire inattendu,

un geste inespéré,

un mot aimable comme un compliment,

quelques notes de musique s’échappant dans le jardin,

une perle de pluie sur un pétale de rose,

la rosée diamantée sur un brin d’herbe,

un écureuil debout dégustant une noisette,

l’odeur de la terre humide fraîchement labourée ou de l’herbe coupée ou de la paille des moissons chauffée au soleil,

les fougères rivalisant de rousseurs à l’automne,

le linge séchant au soleil gonflé par le vent comme des spinnakers,

les vagues du champ de blé éventé,

les éclairages allongés du soir dans la campagne,

le chemin creux ombragé prometteur de fraîcheur,

un grand calme devenu silence,

les petits papillons blancs de beau temps,

les couchers de soleil flamboyants sous l’auvent,

le premier cigare allumé de la journée,

le goût de la citronnade fraîche acidulée pour étancher une soif d’été ou le « petit canon » de rosé frappé pour l’apéro,

une soirée sous les étoiles pour accéder au mystère de l’espace intersidéral,

la lune et sa jumelle reflétée dans la mare,

les petits lézards jouant à cache-cache entre les vieilles pierres du perron,

les fourmis laborieuses sous le noisetier,

le dialogue d’oiseaux invisibles,

le regard fixe et insistant des deux chats demandeurs de caresses,

la mare toute plissée par le vent d’ouest,

l’air frais inhalé dans les poumons et expiré par le nez au cours d’une méditation en vue d’un lâcher prise de toutes les tensions accumulées pendant la journée,

l’odeur forte de feu de bois en pénétrant dans la maison,

les grandes flammes orangées dans la cheminée pour égayer les jours gris.

Ces « petits bonheurs » résident dans l’observation de toutes ces petites merveilles tellement simples existant à portée de nos sens. A nous de savoir les découvrir. Ils sont les cadeaux de notre quotidien jour après jour jusqu’à la fin de notre vie. Sachons les reconnaître, les apprécier et les partager.

Pascale Grilliat