24 C - Dominique B - L'escalade du monde

Je viens d’arriver. Parti de rien et de nulle part. Un peu en avance. Le voyage a été épuisant ! Je suis tellement petit, presque minuscule. J’ai usé toutes mes forces. Il fait froid. Je ne vois rien. Le bruit qui m’entoure est douloureux. Allongé, je tente de reprendre quelques forces. Je sens que l’éminence rebondie sur laquelle je suis posé est tiède. Je me love dans cette douceur quelques instants. Et tout à coup, je l’entends…oui c’est lui…mon petit tambour ! Il scande un rythme rapide qui me remet en forme ! Au prix d’un incroyable effort, je lève la tête et aperçois une montagne…énorme, toute en courbes ! Mais je sais que je dois l’escalader si je veux vivre. Alors, de tout mon petit corps de rien, je me tortille, je rampe, je repte, j’ondule et gagne centimètre après centimètre l’orée de l’obstacle plantureux. D’un poing fermé, je l’attaque. C’est moelleux, tendre et chaud. Mais ça glisse ! Je pose ma tête un instant. Le petit tambour est toujours là. Sa fidélité me rassure. Au son de ses battements, je reprends courage et entame l’ascension. Je sens parfois une douceur sur ma tête. C’est cela une caresse ? J’aime…

Tout à coup, une odeur délicieuse ! Je dois être près du sommet ! L’impatience m’envahit. Je ressens un vide intérieur qui me donne envie de pleurer. Mais la caresse revient. J’entends des bruits très doux ! On chuchote tout près de moi. Et cet effleurement qui glisse maintenant vers mon dos et me réchauffe. Une de mes mains disparait sous une drôle de chose, douillette, veloutée. Je sens qu’une force inconnue me pousse vers le sommet. Ma main libre tâtonne. Tiens ! Une protubérance là devant moi. Excité, je gigote. Elle s’avance alors comme aimantée par ma bouche qui s’ouvre puis se referme sur l’exquise source de vie.

Je veux rester là pour toujours…