24 A - Séverine L. - Tout en douceur

Tout en douceur

Se réveiller doucement, le velours noir de la chatte lové contre les reins.

Petite boule chaude et douce, devenue ronronnante au premier mouvement. Ondes apaisantes se propageant jusqu’au cœur. Douceur.

Rouler jusqu’au bord du lit pour ne pas la déranger. Elle lance une patte pour me retenir près d’elle. Tendresse.

Puis elle me tourne le dos et se rendort. Après tout elle a tout son temps.

Moi aussi.

Regarder par la fenêtre, voir le temps souriant.

Sourire en retour.

Se lever, aller jusqu’à la porte d’entrée. L’ouvrir.

Sourire à nouveau : il fait beau aussi de ce côté. Incroyable, non ?

Il fait frais, la rosée cligne de l’œil sous les rayons pâles de cette matinée d’automne.

Ce sera une belle journée.

C’est aussi ce que pensent les poneys. Vautrés dans la boue, ils se chauffent doucement dans la lumière blanche qui tourne au doré.

Voyant la porte s’ouvrir, ils se lèvent posément, s’ébrouent et s’approchent de la clôture.

Ils me saluent, je leur rends la pareille.

Porte fermée.

Ils sont déçus, ils espéraient une friandise. Ils se secouent de nouveau et se mettent à brouter, un œil sur la porte d’entrée.

Tout-à-l’heure je vous apporterai quelques pommes et des fanes de carottes…

S’attabler devant un thé à la menthe, offrir une miette de beurre salé au deuxième chat qui pose une patte discrète et timide sur mon bras, comme chaque matin.

Nourrir les chiennes qui ne m’ont pas quitté du regard après avoir salué mon lever par des yeux humides d’affection et des frétillements de tout leur corps.

Câlins…

En profiter pour aller au jardin.

J’emmène ma tasse.

Le jardin est désolé, les dernières tomates ont rendu les armes et les potirons cette année ont préféré déserter.

Un rouge-gorge effaré s’envole dans la haie et se croyant bien caché, m’observe de son petit œil brillant.

Rentrer, mettre des bottes cette fois-ci, pour aller voir les poneys. Saisir les pommes et les fanes de carottes. Ressortir.

Appeler les poneys par un bruit de gorge, auquel ils répondent de la même façon.

Se réjouir au contact de leurs lèvres veloutées qui fouillent et attrapent délicatement leur friandise, habiles et gloutonnes à la fois.

S’en retourner vers la maison, lentement, le cœur gonflé de reconnaissance.

Faire quelques pas vers la haie, cherchant le rouge-gorge des yeux. Envolé !

Avoir le souffle coupé devant la beauté du fuschia blanc baigné de lumière.

Somptueux.

Dentelle de fleurs foisonnantes d’une légèreté incroyable.

Je ne sais pas pourquoi, je pense à la mariée de Tim Burton.

Je caresse le fuschia, une fleur dans la paume.

Beauté, délicatesse.

Emerveillement…

« Ce monde sera beau, je l’affirme et je signe. »

Séverine L.