24 B - Corinne LN - Pan !

PAN

Merci monsieur le Préfet de penser à tous vos concitoyens quand vous cédez à la pression des lobbies et des traditions. Sachez que les quelques chasseurs désœuvrés et frustrés que vous avez libérés sont déjà à l’œuvre traquant le moindre gibier afin de pouvoir le massacrer. En ce samedi ensoleillé, le tonnerre des gros calibres résonne dans le silence tranquille de notre belle campagne terrorisant les promeneurs et la faune sauvage. Comment prendre plaisir à gambader en rêvant d’un monde meilleur quand la campagne est livrée à quelques viandards qui tentent de justifier leur traque en voulant nous faire croire qu’ils sont indispensables à l’équilibre de la nature et au repos des cultures. Hier encore, il faisait si bon se promener dans les chemins creux en glanant quelques champignons, les dernières châtaignes ou des charbonnettes pour le feu. Il était si doux de batifoler dans la nature, de se régénérer dans le calme et la beauté de l’instant. En ces temps difficiles, c’est notre dernière bouffée d’oxygène, le rempart de notre santé, notre bonheur de campagnards. L’automne est une vitrine affriolante, la nature exulte pour nous offrir ses trésors avant l‘arrivée des premiers frimas hivernaux. La palette joyeuse des arbres allant de l’ocre au rouge vif ternit lentement. Dans les prés reverdis, les vaches profitent des derniers rayons du soleil. Les oiseaux d’hiver retrouvent les jardins et les rosiers font une dernière poussée. Dans le petit bois voisin, chacun joue sa partition sur le clavier multicolore des tapis de feuilles mortes, on patauge gaiement dans les premières flaques, le regard effleure les fougères fanées, les cabanes abandonnées et s’arrête sur la petite maison en lisière, délicieusement rose dans la rosée du matin coiffée de son chêne centenaire, aujourd’hui cernée par des mercenaires à l’affut de quelque viande fraiche. Heureusement, ce soir il nous restera la nuit, sa voute étoilée et son concert de chouettes et de hiboux.