24 C - Séverine L. - Qui sont-ils ?

Qui sont-ils ?

Qu’est-ce que je fais ici ? Je ne me souviens plus très bien.

Je randonnais tranquille, la barbe au vent et la fleur entre les dents.

Enfin presque.

Je me souviens avoir noté une quantité incroyable de papillons agglutinés sur un buisson.

Je me souviens m’être approché pour comprendre ce qui pouvait les attirer à ce point.

Et juste avant de l’atteindre, une sorte d’écroulement du corps, de la vision, de l’esprit. Un grand éblouissement et des genoux de chiffon. Puis plus rien…

J’ai des courbatures partout, j’ai dû faire une belle chute.

J’ai l’impression d’être emprisonné dans une coque de verre tellement mes membres sont recroquevillés. J’ai peur de les casser en les dépliant.

Je m’aperçois que je suis en position de fœtus, accroupi dans ce qui semble être une grosse flaque.

Une grosse flaque de… ? Non, non, c’est de l’eau. Ouf ! Je n’ai pas complètement perdu le contrôle de mon corps.

Mais qu’est-ce que je fais là ? Il a plu pendant ma perte de conscience ? Mes vêtements ne sont pas mouillés… alors ?

Quelques insectes semblent se lancer à l’assaut de mon corps. Je les sens qui grimpent sur mes chaussettes. D’autres s’agitent à mes pieds, se hissant hors de la flaque et explorant mes chaussures.

Je dois accommoder ma vision, elle est encore un peu floue et je ne reconnais pas ces insectes-là.

Ils ont l’air un peu gros, mais pas tellement. Ils n’ont apparemment que quatre pattes.

Une décharge électrique dans mon cerveau : quatre pattes ? Ce ne sont pas des insectes !

Je commence à bouger doucement mes membres engourdis. Petit à petit, pour échapper à la douleur. Imperceptiblement, car je ne veux pas les effaroucher et les inciter à m’attaquer.

Peine perdue, ils semblent s’en apercevoir et se jettent dans la flaque. J’entends un bruissement et voit leur nuée se précipiter dans l’eau.

Ils vont se noyer, ces idiots !

Non, je les vois s’éloigner, ils semblent savoir nager.

Mes yeux semblent se dessiller, je les vois de mieux en mieux. Ce sont… des hommes ?

Mon cerveau a dû être endommagé pendant ma chute. Confondre hommes et insectes !

Je secoue la tête en fermant les yeux, les rouvre.

Ils sont à présent de l’autre côté de la flaque. Un lac, à leur échelle. Ils se précipitent sur la rive.

Je dois en avoir le cœur net et leur oppose un index en barrage. Ils retournent dans l’eau, se remettent à nager pour m’échapper. Mais rien à faire, où qu’ils aillent, ils trouvent mon index au travers de leur chemin. Quitte à me faire mordre ou piquer…

Ma vision est nette maintenant, et je suis sûr que mon cerveau n’a rien. Je n’ai même pas mal au crâne.

Ils se rassemblent au milieu du « lac » et je les entoure de mes deux mains.

Bruissements…

Et soudain ils montent à l’assaut de ma main droite.

Je porte ma main à hauteur de mes yeux. Ils sont là, immobiles, les uns contre les autres en formation serrée. Ils me regardent. Ce sont…. Des hommes.

J’ai un éblouissement.

Je les regarde de nouveau. Ils ne sont pas armés. ils forment un groupe serré, visiblement prêts à défendre chèrement leur vie. Déterminés, mais pas agressifs.

Courageux, ces petits hommes.

J’essaie d’adoucir ma voix pour leur demander : « Qui êtes vous ? »

Mais mon quasi chuchotement semble avoir sur eux l’effet d’une tornade. Ils vacillent, s’arriment les uns aux autres, s’accroupissent pour ne former qu’un seul bloc.

Perplexe, je repose le plus lentement possible ma main au sol.

Ils se redressent et je les vois s’éloigner dans ce bruissement que j’ai déjà entendu et qui doit être leur langage.

Puis ils disparaissent.

Je suis seul maintenant.

Où suis-je et qui sont-ils ?