25 A - Corinne-Olga B.- Manufacture en Autriche

A Ortman en basse Autriche, iIl y a une manufacture de pate à papier, fondée en 1853 par une fratrie viennoise propulsée dans l’ère industrielle par l’ambition de réussite de l’ainé, qui avait fait un rêve. Rêve de richesse, rêve d’intégration. La richesse était arrivée, petit à petit, de Moritz à Max, de Max à Hugo. L’usine, immense, fumante, avait apporté la modernité et la prospérité à un petit village jusqu’alors endormi parmi les montagnes, niché dans une vallée. Des hommes et des femmes y travaillaient dans les conditions propres à l’époque. Le propriétaire qui se voulait progressiste avait fait construire pour les ouvriers dans les années trente du siècle dernier, des logements, une école, un cinéma, une piscine et un camp de foot. On l’appelait le baron rouge.

Un jour, un émigré hongrois, un de ceux qui zigzaguaient à travers l’Europe dans cette époque trouble, était arrivé avec un brevet. Comment faire des filtres à cigarette. Intéressé, le propriétaire qui avait de l’intuition et du flair le lui avait acheté. Une nouvelle aventure faite d’expansion et de réussite s’ouvrait pour la manufacture.

Dans des gros chaudrons en métal la matière première était transformée, prête à devenir du papier. Des échanges avec d’autres pays permettaient d’établir petit à petit un réseau de croissance. Tout le monde en bénéficiait. Toute une vallée et au delà.

C’était avant ma naissance et je n’en ai pas vu de mes propres yeux le fonctionnement de cet endroit qui a marché si bien pendant environs 100 ans.

L’intégration, deuxième partie du rêve, avait moins bien réussi. La manufacture avait été expropriée en ‘38.

Apres la guerre, elle était passée dans d’autres mains, les produits se sont diversifiés, la compagnie est devenue une multinationale, seul le nom est resté.

De cette petite aventure humaine, crée par la volonté d’un seul bonhomme, qui avait une vision et de la volonté, ne reste plus rien. Seuls les descendants, maintenant dispersée dans les quatre coins du monde se souviennent toujours, avec admiration et un brin de nostalgie les temps lointains ou une famille existait encore.