25B - Anne P. Les tailleurs de marbre

Les tailleurs de marbre

Au cours d’un voyage en Birmanie, j’ai eu le plaisir de visiter une fabrique d’objets en marbre à proximité de Mandalay, à Sagyn. La grande majorité des sculptures représentait des bouddhas de taille variable.

Les plus grandes allaient orner des temples et des pagodes, les plus petites étaient destinées à la vente à des amateurs ou des touristes. Le paysage autour de Sagyn offrait une succession de petites montagnes aux faces abruptes, dans lesquelles d'énormes plaques de marbre blanc étaient découpées et servaient à la fabrication des statues. Ce site ressemblait à des pyramides en escalier. Deux rues étaient entièrement consacrées à cette activité. Les ateliers, à ciel ouvert, s’échelonnaient le long de la route. Etonnant de découvrir toutes ces petites mains qui s’activaient avec maîtrise sur des blocs de pierre, le visage recouvert de poussière blanche. Résonnait sans fin le bruit des marteaux et des ciseaux.

Nous autres touristes ignorants, découvrions avec stupéfaction, le travail remarquable effectué dans ces ateliers : partir d’un bloc de marbre brut rectangulaire, pour parvenir à une statue d’une qualité artistique remarquable ! Nous éprouvions un réel émerveillement !

Parcourant ces deux rues, nous observions un grand nombre de compagnons, qui s’activaient à des stades différents dans l’élaboration des statues. Plusieurs intervenants se succédaient dans l’exécution de ces sculptures, selon son expérience. L’opération débutait par l’intervention des apprentis qui opéraient un dégrossissement de cette masse brute, afin de créer une ébauche de forme. Maîtrise et habileté dans l’amorce d’une silhouette. Martelage de la pierre à l’aide d’un burin et d’un marteau, des parcelles de marbre s’envolaient dans les airs. Quelle rapidité dans la répétition des mêmes gestes ! Puis succédait un compagnon détenteur d’une expérience plus affirmée…Les contours se précisaient ! Les actions se renouvelaient dans la concentration, il se tenait accroupi ou debout suivant la taille de la sculpture. Nous assistions à la naissance du modelé de la tête, le cou s’étirait, le buste s’ébauchait, bien ancré dans la position assise du bouddha. Les gestes du sculpteur étaient méticuleux, afin d’éviter le mouvement maladroit qui altérerait son travail. Autre intervention, qui n’appartenait qu’au maître de l’atelier : le visage. Travail d’art qui nécessitait un geste sûr et précis !

Pour ma part, mon regard se porte toujours sur le visage d’une statue de bouddha. Il exhale l’aura et l’harmonie qui se dégagent de cette création artistique.

Petite anecdote : les ateliers s’alignaient le long de la route, surprise ! on apercevait de nombreux bouddhas, dont les corps étaient achevés et les visages en attente de finalisation !

Le travail de sculpture accompli, l’étape finale dans l’émergence de cet ouvrage est le polissage : affinage de la matière avec des râpes et des grattoirs, suivi du passage d’un papier de verre très fin en finition, afin de lisser la surface du marbre. Les femmes effectuaient généralement ce travail avec fierté, conscientes de l’aboutissement d’une œuvre d’art commune.

Je questionne notre guide sur l’existence de ces ateliers…Toutes les tranches d’âges sont représentées, depuis les adolescents débutants jusqu’aux maîtres d’un âge avancé. Il m’explique que dans cette région, ce savoir se transmet depuis de longues années, de génération en génération, la présence de carrières de pierre justifiant cette activité. Une particularité : cette passation s’effectue fréquemment de famille en famille. Tous ces artisans d’art retirent une grande fierté de l’exercice de cette activité et la préservent avec cœur, conscients que cela appartient à leur patrimoine.

Anne P.