25B - Lucie B - Le zingueur

LE ZINGUEUR

L'atelier de Gaspar se décline en deux petits bâtiments et la boîte de son camion. Des espaces très ouverts sur l'extérieur, comme son métier de zingueur, d'ailleurs.

Pour plier, découper, modeler, assembler, souder et fixer le zinc, et le cuivre, l'artisan y range pinces à sertir --pour faire tenir deux panneaux ensemble--, pinces à border --pour plier les découpes --, cisailles à 90 et à 45 degrés --pour couper selon la forme voulue--, échelle plate --pour s'installer sur les toits--, fer et baguettes à souder --pour rattacher les pièces entre elles--, pattes fixes, pattes mobiles et visses --pour fixer les plaques au toit--, zinc en rouleaux et retailles.

Pour l'instant, Gaspar me fait faire la tournée de ses installations, donc pas de son de ciseaux sur le métal, pas d'odeur de plomb fondant durant la soudure. Mais quelques couleurs comme celle de belles planches de cuivre lisse quelque peu miroitantes, et quelques formes dont celle de gouttières en demi-cercle.

C'est sur un chantier que j'aimerais bien accompagner Gaspar. Le voir à l'œuvre, épanoui, en hauteur sur le toit d'une vieille église, d'une demeure patrimoniale restaurée ou d'une grange transformée en habitation. Dehors. Dans son élément. Je l'imagine serein, comme dans son quotidien. Tendre mais ferme avec ses outils et ses matériaux.

Plus près du ciel que la plupart d'entre nous, sans vertige aucun. Rêvassant peut-être parfois lorsqu'il pose des centaines de visses sur une partie de toit, répétant le même geste connu. Bien dans sa solitude, dans son monde entre terre et ciel. Fier de sa liberté.

Un zingueur, la zinguerie; comme ces mots sonnent drôlement aux oreilles de la Québécoise que je suis. Entendus pour la première fois il y a une semaine, quand Gaspar m'a tendu sa carte de zingueur-couvreur. Et qu'il veuille bien m'en apprendre un peu sur son "art".