25C - Séverine L. Anatomie

Anatomie

Mains en coupe de la potière, caressant la terre grise et l’aidant à s’élancer vers le ciel.

Mains du menuisier, ajustant les planches rousses au millimètre près, à croire que tout arbre a en lui un meuble qui sommeille.

Mains du sculpteur, révélant le cheval caché au cœur du marbre.

Mains de la tricoteuse, dont coule le jacquard comme un ruisseau coloré.

Celles du pianiste, volant comme des oiseaux ivres de joie sur les touches noires et blanches.

Mains rouges et courtaudes de la lavandière dans le froid matin gris.

Poing levé de la foule en colère.

Mains potelées du bébé comme deux menottes en pâte d’amande.

Mains blanches de farine de la pâtissière.

Mains rugueuses de l’agriculteur, qui, même libérées, gardent encore la forme de l’outil.

Index impérieux de qui veut se faire entendre.

Doigts souples de la dentelière qui dansent autour des fuseaux, cliquetant dans une polka effrénée.

Mains de l’éleveur recueillant l’agneau ou le veau nouveau-né.

La main qu’on tend vers celui qui n’a plus rien…

Main de la brodeuse, délicate et souple, d’où émergent soudain des merveilles.

La main du maçon, qui fabriqua leur maison.

Main qui élève, caresse, offre, répare, protège, guérit ou fabrique.

Et celle qui frappe, raye, casse, dérobe, cache ou détruit.

Qu’avons-nous fait nos rêves ?

Que faisons-nous de nos mains ?