26 - L'éloge

L’Eloge

Aujourd’hui il sera question de L’éloge, du latin elogium (du grec elegeion) genre littéraire hérité de l'Antiquité. Il consiste à vanter les mérites d'un individu, d'une institution ou d’une idée dans une intention moralisatrice ou pour faire valoir son opinion. (fait partie du discours epidictique)

Il existe plusieurs formes d’éloges : L’éloge historique ou panégyrique – Religieux par exemple les vies des saints, et l’on parle alors d’Hagiographie. L’éloge académique, L’éloge funèbre et une autre forme, l’éloge paradoxal.

Quelle que soit sa forme, l'éloge repose toujours sur un système de valeurs qu’elles soient morales : intellectuelles ou spirituelles, esthétiques ou pratiques. Ces valeurs relatives et subjectives dépendent des normes d'une époque et varient selon les groupes sociaux et les individus. Pensez-y en rédigeant votre éloge. Pour cela, il convient d’utiliser tous les procédés du genre : par amplification (hyperbole) ou par opposition, des répétitions (anaphore, accumulation, énumération) des métaphores et des comparaisons.

A - L’Eloge funèbre : A la manière de Bossuet Bossuet (1627- 1704 ) évêque, prédicateur et écrivain français. a composé sa première oraison funèbre à vingt-huit ans (1655). Il y en a eu dix, l'auteur a publié les six dernières, consacrées à de grands personnages.

* L’éloge funèbre a ses règles : l'orchestration du deuil, expression de la douleur et déploration, Puis l'éloge du défunt, avec la volonté d'instruire dans l'art de bien mourir ; enfin, questions d'actualité, parfois brûlantes. La mort, selon Bossuet, démasque tous les vices...


"Madame se meurt ! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts ; on trouve tout consterné, excepté le cœur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir, et l'image de la mort. Le Roi, la Reine, Monsieur, toute la Cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du prophète : "Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple, de douleur et d'étonnement."(Oraison funèbre de Henriette-Anne d'Angleterre.)

Proposition A – Si vous choisissez ce type d’éloge dit funèbre, je vous propose de le faire au « second degré » soit en choisissant de célébrer avec humour (noir 😉) une mort qui ne vous déplait pas vraiment (disparition de quelqu’un ou de quelque chose que vous n’appréciez pas particulièrement) fiction ou réalité… Dans tous les cas, respectez le plus possible la forme « à la Bossuet* », telle que décrite ci-dessus en italique.)

B – L’éloge académique :

A la manière d’Anatole France : (bien que cet éloge soit prononcé à l’occasion de la mort d’Emile Zola, nous pouvons le classer comme « académique » en raison de la place accordée à l’œuvre. (Anatole France, né le 16 avril 1844 à Paris, est un écrivain français, considéré comme l’un des plus grands de l'époque de la Troisième République. Voici ce qu’il écrit et ce qu’il a lu à propos de Zola :

« …Aujourd’hui qu’on en découvre dans son entier la forme colossale de son œuvre), on reconnaît aussi l’esprit dont elle est pleine. C’est un esprit de bonté. Zola était bon. Il avait la grandeur et la simplicité des grandes âmes. Il était profondément moral. Il a peint le vice d’une main rude et vertueuse. Son pessimisme apparent, une sombre humeur répandue sur plus d’une de ses pages cachent mal un optimisme réel, une foi obstinée au progrès de l’intelligence et de la justice. Dans ses romans, qui sont des études sociales, il poursuivit d’une haine vigoureuse une société oisive, frivole, une aristocratie basse et nuisible, il combattit le mal du temps : la puissance de l’argent. Démocrate, il ne flatta jamais le peuple et il s’efforça de lui montrer les servitudes de l’ignorance, les dangers de l’alcool qui le livre imbécile et sans défense à toutes les oppressions, à toutes les misères, à toutes les hontes. Il combattit le mal social partout où il le rencontra. Telles furent ses haines. Dans ses derniers livres, il montra tout entier son amour fervent de l’humanité. Il s’efforça de deviner et de prévoir une société meilleure. »

Proposition B : Rédigez l’éloge d’un écrivain ou auteure que vous aimez, à la manière d’Anatole France, sans dissocier l’homme (ou la femme) de l’œuvre, en montrant comment l’un et l’autre sont étroitement mêlés

C - Eloge paradoxal

Un éloge paradoxal est un texte écrit dans le but de louer un objet trivial, une personne ou un défaut habituellement blâmé par la société, à des fins comiques satiriques ou tout simplement pour affirmer son opinion ou ses convictions.

Voici deux manières de traiter cette forme d’éloge d’après deux grands auteurs : Molière et Erasme…

C1 - Eloge de l’inconstance

A la manière de Molière :

« DOM JUAN : - Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? La belle chose de vouloir se piquer d’un faux honneur d’être fidèle, de s’ensevelir pour toujours dans une passion, et d’être mort dès sa jeunesse, à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux : non, non, la constance n’est bonne que pour des ridicules, toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première, ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs. Pour moi, la beauté me ravit partout, où je la trouve ; et je cède facilement à cette douce violence, dont elle nous entraîne ; j’ai beau être engagé, l’amour que j’ai pour une belle, n’engage point mon âme à faire injustice aux autres ; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages, et les tributs où la nature nous oblige. (…) Enfin, il n’est rien de si doux, que de triompher de la résistance d’une belle personne ; et j’ai sur ce sujet l’ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs, je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses. » (Dom Juan Acte 1 scène 2)

Proposition C1 : A la manière de Molière, de manière théâtrale, rédigez votre propre tirade ou l’éloge de votre vice préféré, une passion réprouvée, un défaut vilipendé…

C2 – Eloge de la Folie ou à la manière d’Erasme

Eloge de la Folie – Erasme (ou Erasmus, philosophe et théologien néerlandais né en 1467 à Rotterdam)

En 1542, six ans après sa mort, Erasme considéré comme le prince de la république des Lettres fut décrété par les théologiens de la Sorbonne " fol, insensé, injurieux à Dieu, à Jésus-Christ, à la Vierge, aux Saints, aux ordonnances de l'Eglise, aux cérémonies ecclésiastiques, aux théologiens, aux ordres mendiants ". Homme de la synthèse entre christianisme et philosophie païenne, Erasme réalisa un difficile équilibre entre foi et savoir.

« C’est la folie qui parle

Moi qui vous parle, la Folie, j’ai plus d’un détracteur ici-bas, même parmi les plus fous. Mais on peut les laisser dire sans danger, car ils ne pourront jamais faire que je ne jouisse d’une puissance à nulle autre pareille pour mettre en gaieté les dieux et les hommes. (…) Les plus habiles orateurs n’arrivent qu’à grand’peine, avec de longs discours longuement étudiés, à chasser les soucis du front de leurs auditeurs ; moi, je n’ai eu qu’à me montrer, et la chose était faite ! »

Proposition C2 : A la manière d’Erasme se mettre dans la peau de ce ou de celui ou celle que l’on veut louer : Vous êtes le vol, la paresse, la fille de joie, le plaisir, l’ennui, le confinement, le barbare etc…

Quel que soit votre choix, relisez vous à haute voix, n'oubliez pas qu'il s'agit d'un discours destiné à être lu, évitez les dialogues, les paragraphes inutiles, c'est un vrai exercice de style !

Merci de m’adresser par mail (fichier sous word ou open office ou encore corps du mail) votre ou vos propositions en précisant bien, j’insiste, sur chaque fichier votre nom et la référence de la proposition : exemple 26C2 DURETJC

Avant le vendredi 11 décembre. Un grand merci je vous souhaite un bon week-end en espérant que ce thème vous inspirera.