26C2 - Corinne LN - Le séducteur irresistible

Je vous tue parfois mais je vous sauve souvent. J’illumine vos vies, je vous libère, je vous rapproche. Je suis une arme de séduction irrésistible. Distrayant, jubilatoire, je décoince les plus coincés. Vous m’oubliez parfois mais je reviens par surprise. Je suis excellent pour votre santé, c’est démontré scientifiquement, si vous m’ouvrez la porte chaque jour vous vivrez vieux et surtout vous vivrez mieux. Je sais me moquer de tout même des sujets les plus sérieux, je prône l’autodérision, avec moi on prend du recul, on accepte ses propres failles. Je suis amusant, hilarant, désopilant, mais parfois cruel, je raille, je me moque mais c’est pour la bonne cause. Vous avez imaginé tant d’expressions pour me décrire au travers des âges, rire aux éclats, rire aux larmes, rire à pleine gorge, comme une baleine, comme un bossu, pour un oui pour un non. Avec moi, on se fend la bouille, on en fait des gorges chaudes, on rit à s’en faire péter les côtes, à ventre déboutonné, à se décrocher la mâchoire ou bien du bout des dents, à contre cœur mais on peut aussi rire en coin, dans sa barbe, à la dérobée. De nos jours, on se tape le cul par terre, on se martèle le postérieur contre des lambris tricentenaires, on se bidonne, on pisse de rire, on disloque la machine, on rigole comme un louf, comme un bombé, on kiffe sa race, on se dilate la rate. J’adore ce verbatim singulier et bigarré et qu’importe le style pourvu qu’on y prenne du plaisir.

Vous me partagez volontiers car je suis contagieux. Le grand Pierre Desproges disait de moi :

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui »

A vous de choisir vos amis parmi les miens. Les timides pourront rire sous cape, certains ont le rire communicatif ou le mot pour rire quand d’autres jouent avec les mots. Mon meilleur copain s’appelle humour, mon ennemi juré a avalé un parapluie. J’épuise mes apôtres, comiques, bouffons et autres compteurs de gaudriole mais ils sont mes premiers fans. Ils peuvent être cruels quand ils s’attaquent à vos faiblesses, à vos maladresses, ils ne font pas de quartier mais pas de jaloux non plus car ils n’épargnent personne. Et je sais si bien vous réconforter, vous adorerez ricaner, pouffer, glousser, vous tordre de rire, vous fendre la poire, vous éclater, rire à chaudes larmes ou comme un enfant et vous oublierez tout, tous vos soucis. Comme disent les chinois, avec l’accent bien sûr :

« Une cabane de chaume où l’on rit vaut mieux qu’un palais où l’on pleure ».

Mais attention, je peux aussi être inconvenant, obscène, perturbateur, sardonique, toxique même. Vous riez aujourd’hui, vous pleurerez peut-être demain car d’aucuns se servent de moi comme d’une arme. Ne touchez pas aux substances qui font de moi votre ennemi juré, cocaïne, haschich, gaz hilarants et gare aux maniaques, aux hystériques. Porté par votre enthousiasme, je peux devenir fou furieux, incontrôlable. Alors, je vous regarde avec effroi vous plier en deux, vous taper sur les cuisses, vous tenir les côtes, vous rouler par terre, vous étouffer de joie. Ecarlates, vous bavez, vous sanglotez, vous titubez, vous en perdez le souffle et la raison et vous pourriez même en mourir surtout si votre cœur est fragile. En Tanzanie dans les années soixante, j’ai envoyé des centaines de femmes à l’hôpital, épuisées, incontinentes à cause un simple fou rire qui avait fait le tour des écoles de filles.

Mais sachez qu’au fond je vous adore. Alors un dernier petit conseil, quoiqu’il arrive « il vaut toujours mieux en rire qu’en pleurer ». Riez mes amis, riez tant et plus et, comme on le dit bien souvent : « Rira bien qui rira le dernier ».

Corinne LN