28 – Le goût de la fête

Janvier, comme un commencement à l’image de Janus… Nous venons de quitter 2020 et la période dite « des fêtes » qui cette année pour la plupart d’entre vous, n’aura pas eu la même saveur que les années précédentes. Alors je vous propose pour ce premier atelier de 2021 de revenir sur quelques moments d’exception qui vous ont marqué. Du souvenir d’un noël d’enfant, d’un 31 décembre en amoureux, d’un bal du 14 juillet ou encore d’une fête inédite, “Le récit de la fête est la moitié de la fête.” Comme dit un proverbe tadjik alors lancez-vous, puisez dans vos souvenirs… Trois façons de décrire : la mémoire des événements avec une description des sons, des formes et des couleurs (A) ou « la mémoire des sentiments » (B) ou encore en poème (C)

A - La mémoire des couleurs, des sons, des lumières de la fête….

Deux textes pour illustrer cette proposition : Dylan Thomas, le poète gallois et Jacques Prévert

1 - Un Noël d’enfant au pays de Galles, Dylan Thomas, https://fr.wikipedia.org/wiki/Dylan_Thomas

On qualifie souvent Dylan Thomas d’intraduisible, tant sa plume est particulière. « C’était l’après-midi de la veille de Noël et j’étais dans le jardin de Madame Prothero, à guetter les chats avec son fils Jim. Il neigeait. Il neigeait toujours à Noël. Décembre, dans ma mémoire, est blanc comme la Laponie… » « Il y avait des cloches d’église, aussi, […] dans les beffrois noir chauve-souris, blancs de neige, sonnées par des évêques et des cigognes. Et elles tintaient pour répandre leurs nouvelles sur la ville pansée de frais, sur l’écume gelée des collines de poudre et de crème glacée, sur la mer craquelante. On aurait dit que toutes les églises tonnaient de joie sous ma fenêtre ; et les girouettes, sur notre clôture, grinçaient Noël. »

2 - Jacques Prévert, « Fête à Mennecey », Œuvres complètes Bibliothèque de la Pléiade. Gallimard.

« À Paris autrefois, c’est-à-dire il y a seulement quelques temps les fêtes foraines avaient droit de cité. La fête ça existait. La musique de carton des manèges à vapeur vous appelait de très loin, et la rumeur heureuse des tours de chevaux de bois et des tours de cochons mêlés au rugissement des lions de chez Pezon, c’était beau, tendre et violent et comme toute fête un petit peu triste en même temps. Les gens allaient à la fête comme ils allaient au bois, au muguet, à Luna-Park ou à Robinson. Aujourd’hui, on dirait que les fêtes, c’est seulement les fantômes des fêtes d’autrefois (…). »

Proposition A : Décrivez au passé, un noël ou un souvenir de fête, l’esprit de fête qui le caractérisait et pour cela utilisez dans votre description tous les registres de la fête : les couleurs, la musique, les lumières, les odeurs, les étoffes… une description « à hauteur d’enfant pour rendre ce récit le plus réaliste possible »

B – La mémoire des sentiments

Avec Marcel Proust la nostalgie d’une fête ou d’un premier de l’an… « C’était un temps que je connaissais ; j’eus la sensation et le pressentiment que le jour de l’an n’était pas un jour différent des autres, qu’il n’était pas le premier d’un monde nouveau où j’aurais pu, avec une chance encore intacte, refaire la connaissance de Gilberte comme au temps de la Création, comme s’il n’existait pas encore de passé, comme si eussent été anéanties, avec les indices qu’on aurait pu en tirer pour l’avenir, les déceptions qu’elle m’avait parfois causées : un nouveau monde où rien ne subsistât de l’ancien…(…) je sentais qu’il ne savait pas qu’on l’appelât le jour de l’an, qu’il finissait dans le crépuscule d’une façon qui ne m’était pas nouvelle : dans le vent doux qui soufflait autour de la colonne d’affiches, j’avais reconnu, j’avais senti reparaître la matière éternelle et commune, l’humidité familière, l’ignorante fluidité des anciens jours. Je revins à la maison. Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu’on ne leur donne plus d’étrennes, mais parce qu’ils ne croient plus au nouvel an." Marcel Proust

Proposition B : Remémorez-vous une fête foraine, un bal ou une fête passée. Ici ce n’est pas la description des événements que je vous propose de faire mais celle de vos sentiments dans la circonstance. Comme l’écrit Hyppolite Taine dans son livre « De l’intelligence » « La seule chose qui en moi se reproduise intacte et entière, c’est la nuance précise d’émotion, âpre, tendre, étrange, douce ou triste, qui jadis a suivi ou accompagné la sensation extérieure et corporelle ».

C – La poésie avec Le bal d’Alfred de VIGNY

La harpe tremble encore et la flûte soupire,

Car la valse bondit dans son sphérique empire ;

Des couples passagers éblouissent les yeux,

Volent entrelacés en cercle gracieux,

Suspendent des repos balancés en mesure,

Aux reflets d'une glace admirent leur parure,

Repartent ; puis, troublés par leur groupe riant,

Dans leurs tours moins adroits se heurtent en criant.

La danseuse, enivrée aux transports de la fête,

Sème et foule en passant les bouquets de sa tête,

Au bras qui la soutient se livre, et, pâlissant,

Tourne, les yeux baissés sur un sein frémissant.

Proposition C – Rédigez en vers un poème sur une fête, un noël ou un bal. Un moment d’exception. L’important n’est pas la rime mais plutôt le rythme du vers qui devait idéalement rappeler l’ambiance de la fête que vous décrivez. (Admirez ici la césure idéale de ce bel alexandrin…) « La harpe tremble encore et la flûte soupire »,

Et en rédigeant souvenez-vous que « “Les plus belles fêtes sont celles qui ont lieu à l’intérieur de nous.” Et c’est de Frédéric Beigbeder, oui oui ! dans « L’amour dure trois ans »

J’attends vos textes par mail (document word ou open office exclusivement) enregistré à votre nom avec la référence de la proposition, pour le vendredi 22 janvier.

A vos claviers et à bientôt

Sybille