28A - Laurence - Ma première fête

Ma première fête.

A la sortie de l’enfance, à peine entrée dans l’adolescence, une amie du village m’invite à une fête. Elle est connue pour être très dégourdie et audacieuse. Je mets donc donc quelques instants à accepter son invitation. Le jour venu, je me rends chez elle à pied. La fête se déroule au premier étage d’un vieux bâtiment, un mélange de terre et de bois fissurés et entrelacés, qui m’apparait austère et vieillot. Seules des lumières colorées, traversant l’unique fenêtre sous le toit, me confirme que les festivités sont bien là. L’escalier intérieur, bancal, poussiéreux, n’est pas plus accueillant. Ma longue jupe, beige et soyeuse, caresse et balaye chaque marche. Contrariée de l’avoir salie avant même d’arriver à la salle, Je pousse doucement et timidement la porte battante en haut de l’escalier .

Et là, stupéfaction ! Le changement d‘atmosphère est saisissant ! Les visages rieurs des copains et copines d’enfance m’accueillent. Tous les adolescents du village et des villages aux alentours y sont. Mais La salle est petite, trop petite pour tout ce monde…. Peu importe ! Je jette un rapide coup d’œil sur la décoration. Les murs sont recouverts de papier crépon rouge-vif. Sur l’unique fenêtre, les toiles d’araignée sont restées. Les araignées seront, elles aussi, de la fête. Un vieux banc en chêne recueille nos manteaux. Le vieux lustre de bronze, paré de guirlandes argentées et dorées, pend par son fil électrique. Privé d’ampoules, Il n’éclaire pas. Les lumières viennent de grosses lampes posées sur un parquet charbonneux et luisant. Elles projettent sur le plafond de ronds de lumière de couleurs vives : du bleu-roi, jaune-citron, de l’orange, du rouge-bordeaux… Leurs faisceaux nous éblouissent. Quand nous les croisons, nos yeux se ferment. A la place d’un bar, une vieille table. Nappée d’un drap blanc, elle accueille breuvages et friandises. Jus d’oranges, de grenadine et de menthe sont à disposition dans des pichets de verre. Gâteaux et bonbons sont déposés ça et là. Les invités, habillés avec des chemises et de pantalons bariolés, chahutent ou rigolent un verre à la main. Tout le monde se salue à coups d’embrassades, d’accolades et de tapes amicales … Une joyeuse ambiance règne dans toute la salle.

Quand soudain, la musique survient et donne le départ. Le premier son est assourdissant. Il semble provenir du fond de la salle, de quelque part sous la table. La fête démarre d’un seul coup. Et hop ! un premier disque de rock. Les invités entrent dans la danse sans hésiter. On sautille , on se trémousse, on se déhanche avec énergie. Brusquement, telle une gazelle, un garçon se met à sauter très haut au dessus du groupe. La petite sœur d’ Isabelle glisse sur le parquet et son verre se casse net. Comme par magie, une guirlande, qui ne souhaite pas rester plus longtemps sur le lustre, se décroche toute seule. Une danseuse près du bar renverse l’unique pichet de grenadine. Pascal secoue violemment la lampe rouge qui ne marche déjà plus. Ses violentes secousses pour la réanimer sont vaines. On sautille de mieux en mieux , on se trémousse, on se déhanche. Et voilà Isabelle, visiblement agacée, qui s’avance vers le bar en boitant franchement. Ses chaussures neuves sont trop petites. Elle finit par les enlever d’un air rageur. Moi, j’essaye de suivre le rythme frénétique des danseurs et je m’essouffle.

Trente disques plus tard… Toujours du rock…Dommage pour ceux qui aiment le slow !. Et hop ! C’est reparti ! Ou plutôt , ça continue… Au milieu de nos manteaux, Laurent grimpe sur le banc pour faire le malin. Encore une chance que notre acrobate ne soit pas tombé du banc avec ses pitreries. Quant à lui, Philippe veut imiter tarzan en faisant mine de s’accrocher au lustre. Sacré Philippe ! La bande du village voisin est venue pour faire la java. Elle pousse les timides à danser. Mais les timides résistent et s’acccrochent à leur verre de menthe ; leurs yeux restant désespérement rivés sur le parquet. Marie-Louise entraîne Florence vers l’escalier. Elles veulent sortir pour faire «un petit pipi» mais il fait nuit noire et elles ont la frousse…. Surtout Marie-Louise ! On sautille toujours , on se trémousse, on se déhanche encore et encore. La fatigue commence à pointer son nez …On se piétine aussi beaucoup : la salle est vraiment trop petite !... Christophe, machoîres sérrées, ne veut pas avouer devant ses copains qu’il est épuisé et continue à danser vaille que vaille. Quelques garçons viennent de déboutonner leurs chemises. Ils ont chaud mais il n’y a plus rien à boire. Philippe, notre tarzan, déboutonne trop rapidement. Les boutons volent ….

En guise de danse, j’ondule maintenant. C’est moins fatiguant que d’essayer de suivre leur rythme !. Sous les piétinements, ma jupe commence à se découdre et ne me permet plus vraiment de gesticuler.… Il n’ y a plus rien à boire…Ni à manger….Je suis éreintée ! Clap de fin pour la fête !

Laurence