29 - Climats

Climats

Aujourd’hui je vous invite à un voyage, un voyage virtuel dans lequel vous entrerez corps et âme après avoir choisi votre destination. Il ne s’agit pas de souvenirs, de se remémorer un bel endroit avec nostalgie ou bonheur non, tout l’inverse : une plongée brutale dans l’inconnu.

Nous sommes entre le 1 et le 5 février, il n’y a pas de pandémie (c’est important !) et vous vous réveillez dans un lieu

A - de l’hémisphère nord en plein hiver polaire à : Nuuk au Groenland, Rausu, un port d’Hokkaïdo au nord du Japon, Magadan dans l’extrême orient russe, Aktau au bord de de la Caspienne au Kazakhstan, Kristiansund en Norvège ou Keflavic en Islande…

B - Dans l’hémisphère sud en plein été à : Lüderitz en Namibie, Fernando de Noronha au large du Brésil, Tristan da Cunha au milieu de l’Atlantique, Rawson en Patagonie argentine ou encore l’Ile des Pins en Nouvelle Calédonie. Cauchemar ou rêve ? Ce sera à vous de nous le décrire. Pour cela, comme le font beaucoup d’auteurs pour leurs recherches, servez-vous de google, de google Earth si vous avez l’habitude de l’utiliser, des photos, paysages et cartes y compris de Wikipedia.

(Pour obtenir plus de vues de renseignements tapez le nom de lieu dans votre moteur de recherche en sélectionnant images) Vous l’avez compris, il ne s’agit pas d’un voyage touristique encore moins d’une description poétique ou romantique mais d’une plongée littéraire, d’une découverte d’un lieu, de ses habitants, de son histoire. Chaque lieu a sa topographie, son atmosphère. Vous décrirez vos découvertes, vos sensations physiques dans cette ambiance en insistant surtout sur le climat, l’effet qu’il produit sur vous. Couleurs et lumières, bruits, sons, odeurs en vous aidant de votre imagination. A vous d’inventer la raison qui vous a conduit en janvier, dans ces lieux : rendez-vous amoureux, mission professionnelle, héritage d’un lointain parent, retour aux sources de la famille ou toute autre raison, tout est permis. Chacun peut faire de 1 à trois voyages (trois destinations différentes) bien entendu. Et pour vous mettre en route, rien de mieux que les écrivains et leurs oeuvres, romans ou récit de voyage :

La littérature nous offre d'approcher la vérité des lieux, surtout la relecture des écrivains par d'autres écrivains, de génération en génération. Patrick Deville

Amazonia de Patrick Deville

Sur le quai, chaque poissonnier entretenait sa grosse otarie au pelage roux entre ses jambes, découpait les thons, les vidait, faisait glisser la peau et les viscères vers la grande bouche moustachue qui attendait là-dessous. Ces otaries civilisées, yeux et moustaches de gros matous tête levée, gueule ouverte, patientaient sans rien dérober, au risque de perdre leur privilège et de se retrouver avec les autres dans le port, les sauvages, capables de sauter à bord des barques, où les pêcheurs leur assénaient un coup de gaffe sur le museau. Dans l'eau se menait le grand combat de celles-ci avec les frégates qui fondaient en piqué, ailes repliées. Les pesants pélicans, trop malhabiles au sol, quasi baudelairiens, qui toujours tremblent comme de froid ou de Parkinson, mendiaient les restes sur le quai, gauches et boitillants. Le pélican laisse manger avant lui l'iguane marin pourtant plus petit mais cracheur et agressif. Les autres poissons taille portion, vendus entiers et non vidés, ne participaient pas à la représentation, ni les langoustes rouges dans leurs caissettes remuant leurs antennes. Une flopée de petits oiseaux voleurs picorait les déchets. Dans cette lutte pour la vie, seuls les plus forts ou les plus habiles se reproduiraient : dans le ciel les frégates se battaient entre elles, s'arrachaient du bec les lambeaux de chair rouge dont les débris tombés dans l'eau suscitaient l'affolement des milliers d'étincelles argentées du fretin.

Devant la fenêtre du compartiment coulait la rivière étroite et bouillonnante comme un gave à truites, pas si éloignée à vol de condor du Pacifique, mais l'orographie est onirique : elle invite à s'élever haut dans le ciel à la verticale de ces rails, à lire le futur de ces eaux, à imaginer la main d'un enfant confiant ici au courant un frêle esquif : cette rivière Vilcanota devenue Urubamba se joindrait à l'Apurimac devenu Tambo, lequel confluerait avec l'Ucayali, puis en amont d'Iquitos avec le Maranon, avant de se jeter dans l'Amazone et de pousser toutes leurs eaux mêlées jusqu'à l'Atlantique.

Au-dessous du volcan de Malcom Lowry

Deux chaînes de montagnes traversent la république du nord au sud à peu près, qui ménagent entre elles nombres de vallées et de plateaux. En contre-haut d'une de ces vallées que dominent deux volcans s'étend, à deux mille mètres au-dessus du niveau de la mer, la ville de Quauhnahuac. (Cuernavaca) Elle se trouve bien au sud du Tropique du Cancer, pour être exact sur le dix-neuvième parallèle, presque à la même latitude qu'à l'ouest, dans le Pacifique, les îles Revilla Gigedo ou, beaucoup plus à l'ouest, la pointe la plus méridionale d'Hawaï, et à l'est le port de Tzucox sur le rivage atlantique du Yucatan, près de la frontière du Honduras britannique ou, beaucoup plus à l'est, la ville de Jaggernath, aux Indes, sur le golfe du Bengale.

En Patagonie de Bruce Chatwin

Je marchai deux heures, cinq heures, dix heures, et pas de camion. Mon carnet rend compte de l’humeur du moment.

Marché toute la journée et le jour suivant. Route, droite, poussiéreuse, et sans circulation. Vent implacable s’opposant à la progression. Parfois vous entendiez un camion, vous étiez sûr que c’était un camion, mais ce n’était que le vent. Ou un craquement de boite de vitesses mais ce n’était également que le vent. Parfois le vent faisait un bruit de camion vide franchissant un pont en cahotant. Même si un camion était arrivé par derrière, vous ne l’auriez pas entendu. Et même si vous aviez été face au vent, le vent aurait noyé le son du moteur. Le seul bruit que vous entendiez était le cri du guanaco. Un bruit comme un bébé qui essaie de pleurer et d’éternuer en même temps. D’abord vous le voyiez à cent mètres : un mâle solitaire, plus gros et plus gracieux qu’un lama, avec une robe orangée et une queue blanche relevée. Les guanacos sont des animaux farouches, vous avait-on dit, mais celui-ci était fou de vous. Et quand vous ne pouviez plus marcher et que vous vous allongiez dans votre sac de couchage, il était là à renifler, en gardant toujours la même distance. Le lendemain matin il était tout près, mais il ne pouvait supporter la surprise de vous voir sortir de votre peau. Et c’était la fin d’une amitié. Vous le regardiez s’enfuir bondissant au-dessus des épineux comme un galion qui a le vent en poupe.

Le jour suivant chaleur plus forte et vent plus violent que jamais. Les rafales torrides vous rejetaient en arrière, vous aspiraient les jambes, vous comprimaient les épaules. La route qui commençait et finissait dans un mirage gris. Vous croyiez voir un fantôme de poussière derrière vous et, bien que vous sachiez qu’il ne fallait pas compter sur l’arrivée d’un camion, vous pensiez que c’était un camion. Ou bien apparaissaient de petites taches noires qui se rapprochaient. Vous vous arrêtiez, vous vous asseyiez et vous attendiez, mais les petites taches s’éloignaient de part et d’autre de la route et vous vous rendiez compte alors que c’étaient des moutons.

Nuuk de Mo Malo

Le lieu offrait une vue agréable sur le rivage et sur la mer, où un petit troupeau d'icebergs indolents broutait l'écume.

D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds de Jón Kalman Stefánsson

L'Islande est une terre âpre, lit-on quelque part : "à peine habitable les mauvaises années". L'affirmation doit être juste, les montagnes colériques hébergent la mort en leur sein, le vent est impitoyable, le froid glacial et désespérant.

Une terre âpre d'où les Islandais ont par deux fois été pour ainsi dire rayés de la carte par les famines, les épidémies, les éruptions, et dont Keflavik est sans doute la zone la plus hostile.

Merci de m'adresser vos textes par mail sur document Word ou open office avec la référence de la proposition et votre nom pour le vendredi 5 février.

J'attends de découvrir vos voyages avec impatience !

Sybille

Si vous avez des questions à propos de cette proposition, vous pouvez m'appeler 07 89 68 73 21