29A - Dominique B - Comme un voyage...

Je voulais partir… oublier… accepter le néant en moi. Me voici au cœur d’un vide, glacé. Glaçant. Nuuk, ça sonnait bien pourtant.

Alors j’ai bu. Pour oublier Nuuk. Trop. Beaucoup trop. Je patine dans les rues verglacées, dérape sans grâce dans un virage et pousse enfin la porte de l’hôtel. Ma chambre, mon lit. Affalée. Derrière mes paupières closes, les étoiles qui piquent mes yeux de leurs épines acérées s’endiablent de couleurs criardes, farandole démoniaque. J’ai chaud. Ma peau brûle. Déshabillée, nue, je marche vers le port. Les débris de banquise flottent mornement sur l’eau sombre. Je me glisse avec délice dans cette soie placide. Sa démesure m’accueille. Dans cette noirceur, quelques fluorescences verdâtres dansent l’hésitation d’être. Entourée de leurs lueurs, j’ondule souplement vers le large. Des frôlements invisibles me font cortège. Je fends les flots sur le dos d’un phoque, bras ouverts pour offrir l’instant à la nuit. Il me dépose sur mon île immaculée. Voluptueuse, je goûte à pleine bouche sa saveur fade. La lune apparaît, loin, haut. Elle me pare d’argent. Je flotte dans sa lumière et tient la main de mon ombre bleutée. Les bras ondoyants d’un calamar géant caressent nos jambes et nous entraînent en tournoyant dans une comète de bulles scintillantes énivrées de profondeur. Souriant de tous ses fanons, Moby Dick nous apprend à souffler des geysers. J’arrose la lune. Une fleur de cristal jaillit et habille sa carte du tendre. Sa corolle s’incline pour séduire Vénus. Un souffle puissant me soulève. Accrochée à un flocon, je tourbillonne dans les airs jusqu’à être déposée entre les pattes velues d’un ours blanc. Sa fourrure, épaisse et moelleuse, me rappelle au désir d’aimer. D’une langue râpeuse, il cueille une larme transie. Une lame de fond me trouble de ses murmures liquides au seuil de mes lèvres.

Une lumière pale vrille mes paupières engourdies de sommeil.