29A - Jean-Pierre G -Deux idiomes en Kirghizie...

Deux idiomes en Kirghizie...

Bishkek, la capitale est sous la neige mais inondée de soleil. Les thermomètres de l'aéroport indiquent moins 12°C en ce milieu de journée. Le vol Turkish Airlines débarque ses passagers.Aux tapis à bagages ,une foule bigarrée, les femmes tête couverte de ces foulards colorés et fleuris,les hommes en casquette ou couvre-chef de cuir clair orné de ramages brodés: nous suivons la file des touristes étrangers, les panneaux sont rédigés en anglais, russe et kirghize.

Passer inaperçu est impossible,les regards se tournent vers Angélique, ma compagne métisse afro européenne.Du haut de son mètre quatre-vingt, elle domine la situation rendant à chacun un sourire aimable.Pas de formalités douanières spéciales, nos documents sont en règle: visa, passeport ,attestations sanitaires sont tamponnés après 10min d’attente.

- Oui nous avons réservé une chambre au Golden Dragon Hotel !

- Parfait ,c’est très bien,ma nièce y travaille !” note le douanier qui nous rend nos papiers esquissant un sourire et dévisageant Angélique.

Nous répondons aux questions sur l’objet de notre visite en cette république d’Asie Centrale: tourisme et randonnée ,éventuellement ski en station mais les dix jours vont passer vite, d'autant que nos projets -peu avouables - risquent de bien nous occuper.Le taxi break Volvo affichant 400 000 km assure le service.Le chauffeur teste son anglais à touristes :

- Ah! Vous venez de France?

- Oui nous arrivons de Paris

- Bienvenue dans notre pays ! Voulez vous changer euros ,dollars pour nos soms?

- Non merci Monsieur, nous avons une American Express Card

- Ok ; ici votre hôtel Le Golden Dragon ! Très bien.Un de mes fils a travaillé ici

- Il y est encore ?

- Non,non ! il a monté une petite affaire au bord du lac Yssyk Kul :des yourtes et des randonnées à cheval au pied des montagnes.

- Ah! très intéressant mais, en hiver c'est fermé je suppose ? So ! but I guess it’s closed in winter ?

- Non pas du tout! Not at all Madam!” répond le type qui nous sort une carte de sa boîte à gants et la tend à Angélique.

- Merci beaucoup Monsieur ! Thank you so much!

Au 3ème étage nous nous installons ; la chambre, impersonnelle mais propre dotée de double vitrages et de rideaux de velours vert, les lits jumeaux sont confortables et ne grincent pas : test habituel d’Angélique à chaque arrivée; douche,toilettes, télévision et wifi. Bravo le Golden Globe aux 120 chambres dont 10 suites ! Qui en est propriétaire ? Une chaîne internationale, un mafieu issu de la nomenklatura ,un dignitaire local ou une famille qui a rassemblé ses économies ?

Nous sortons prendre le pouls de cette ville : rues animées bordées de ginkgos bilobas, 4X4 chinois et japonais et quantité de deux roues conduits par des jeunes sans casque se faufilant dans le trafic.Pollution majeure qui ne semble pas affecter l’habitant.Certains sont attablés au terrasses en chemise mais bonnet de mouton sur le crâne.Des marchands vous interpellent ,en anglais parfois, et vous tendent un beignet .

Difficile de résister: boulette de mouton enrobée de pâte légèrement sucrée et odorante.C’est bon marché et délicieux.Aux carrefours en casquette galonnée et gants blancs, comme à la parade, sont plantés de jeunes policiers attentifs .

Comme au Portugal ,on mange dans la rue.Ni mendiants, ni chiens errants. Magasins de vêtements et coiffures de toute provenance et échoppes diverses: chaussures avec en vitrine les Nike et Adidas incontournables mais aussi de jolies bottes de cuir rouge repérées par ma compagne,parfumeries et coiffeurs ,cartes postales etc...

Nous pénétrons dans un grand marché couvert quasi désert à cette heure; des étals proposant pommes et oranges,citrons ,quelques bananes mais aussi des légumes frais et quelques fromages et toutes sortes de carcasses pendues où l’on reconnaît agneau et chèvre,sans doute aussi cheval et chameau peu attrayantes.

Bien sûr nous sommes observés et à notre approche les conversations sont suspendues. Nos sourires répondent aux leurs avec parfois un geste d’amitié de la main.Dans un coin un bar, nous commandons un tchaï, sucré d’office comme le café en Turquie et servi dans un grand gobelet en carton façon Starbucks.

- Yes very good !” me forcé-je à répondre à la serveuse

- Welcome ! fut sa réponse assortie d’un “very very hot !”

- Les gens ont l’air heureux non? je ne sais pas si c’est une dictature mais on ne sent pas de pression …

- Oui ils semblent assez détendus” répondis-je en sirotant mon breuvage

- Il faudrait peut-être se renseigner pour louer une petite voiture?” note Angélique,je ne vois pas d’autre moyen pour s’éloigner mais,dans un tel décor, tu ne crois pas qu’un 4X4 conviendrait mieux ?

- Bah si tu veux, j’aime pas trop ces trucs ,c' est gourmand et pas confortable mais pour s’éloigner des sentiers battus c'est sans doute plus adapté sans compter la neige et les intempéries …

Rossia Troÿka

Et nous voilà partis en quête d’un loueur mais nos recherches ne sont pas concluantes.Les véhicules proposés sont petits et peu adaptés à notre projet.Retour à l’hôtel.A l’accueil nous découvrons le panneau caché derrière un énorme bouquet de dahlias en plastique: Rent a Car at “Rossia Troÿka”

Au téléphone Sergueï nous répond en français au début puis en anglais.

-Pour une semaine ,nous vous proposons un 4X4 en équipement hiver: chaînes,pelle, lampe, plaques de déneigement et couvertures sans supplément. Je suis à votre hôtel dans 20mn ajoute t -il et raccroche sans même avoir évoqué le prix …

- Classique me dis-je, il va falloir jouer finaud ...

Angélique en profite pour regagner la chambre et se connecter à internet, n'ayant pas envie de croiser le fameux Sergueï qui surgit bientôt ,casquette Nike et anorak rouges ,look sportif,poignée de main de bûcheron .Il empeste l’eau de toilette!

-Allons d’abord faire un tour propose t il et après on voit le contrat ...OK ?

Nous voici dans le trafic, il m' indique les commandes de bases rappelant que le pied gauche reste plié sous le siège mais j' ai vécu au Canada et ne suis pas dépaysé.Nous arrivons en zone périurbaine où un troupeau de moutons est surveillé par le berger à cheval en train de téléphoner sur son portable (zut j’ai raté la photo…!)

Sergueï, fils d' un officier russe est né en Allemagne de l’Est peu avant la chute du mur mais n’a guère de souvenir.Il parle un anglais correct et place des mots français dans la conversation.Je prends le volant ,vérifie les positions et nous rentrons à l’hôtel .

Assise dans un fauteuil club, feuilletant des dépliants touristiques, Angélique nous attend. Sergueï la salue à la russe (ou à l’allemande c’est pareil) claquant des talons et tentant le baise main à la surprise de ma compagne .

- C’est très bonne voiture n’est-ce pas! Si vous ok voici le contrat !

Il sort de son classeur trois imprimés avec en gros le montant de la caution et le net à payer d’avance.Un bref calcul m' indique que c ‘est la moitié de nos billets d’avion, j’en fais part à Angélique ,elle hausse les sourcils :

- A toi de juger !...

- Et si je retire une journée, c’est combien ?

- Un moment, j’appelle direction centrale....

Sergueï pianote sur son portable et interroge : une voix féminine répond en russe ,il ponctue : Da ….Da Ok Это идеально для меня да c’est parfait pour moi !

-Bien,ma patronne faire 12% bonus égal 300 km carburant ,c’est bien comme ça ?

- Oui ça marche ...d’accord !

- Mais caution et assurance payer cash en euros ou dollars !...ajoute t il

- Voilà ! Je la sentais venir sa ristourne Antoine ! Il faut qu’il te dépose à une banque...me glisse Angélique.

Elle regagne la chambre et salue Sergueï de la main.

- Au revoir et bon voyage Madame !” en français.

Une agence bancaire après examen de mes papiers et contre signature me délivre les dollars , il est 17h , nous parvenons au siège enseigne néon rouge : “Rossa Troÿka Rent a Car “

Sont exposées ici des voitures, petites et grandes , une odeur tenace de plastique et de gaz d’échappement.Le contrat rédigé en russe m’est illisible, Sergueï traduit ,en gros, me fait signer et photocopie pièces d'identité et permis de conduire.

- Voici les clefs, les papiers sont dans le vide poche, il ne faut pas les laisser la nuit ou en ville,toujours avec vous OK ! Si problème appeler numéro Sergueï ici .Bon voyage... ah ...avec police donner 200 soms avec papiers assurance,alors no problem !

- Ok j' ai tout compris ,au revoir et merci beaucoup Sergueï...

Je m'égare un peu au retour et peine à me souvenir du nom de l'hôtel quand soudain je reconnais l'immeuble et ses dragons crachant des flammes ; pas besoin de chercher c'est un investissement chinois .Parking sécurisé, je rejoins Angélique sans traîner dans le hall encombré par les bagages de touristes chinois bruyants. Le Xinjiang, terre des malheureux Ouïghours est proche, Urum Qi n’est qu’à une heure d’ici en avion.

Sur mon lit je découvre le courriel imprimé émanant d'une agence de Lyon en réponse à la demande d’Angélique.

Routard.com

“Bonjour !En réponse à ta demande:tout dépend bien sûr de ce que tu cherches mais voir l'Yssyk-Kul et le Song-Köl en cinq jours, ça me semble peut-être un peu speed. Ce n'est que mon avis...Autour du lac Yssyk-Kul, tu as différentes choses à faire :Cholpon-Ata et la rive nord, pour le côté "riviera kirghize" (si c'est ce que tu recherches). Karakol et les environs, pour des treks de quelques jours dans des paysages alpins ou des balades d'une journée. Mais si tu choisis Karakol, pense que la météo peut être capricieuse ; la rive sud du lac est plus sauvage que le Nord et moins fréquentée aussi.

Pour aller au lac Song-Köl,tu partiras sans doute de Kochkor,à trois heures de route de Bishkek.Compter au moins une nuit au lac,et sans doute une à Kochkor. Cela dit,l'endroit est vraiment chouette et tu risques d'avoir envie d'y rester plus longtemps.Si je n'avais que 4 jours pour le Kirghizstan, je choisirais quant à moi le lac Song-Köl et je laisserais tomber le Yssyk Kul.Mais beaucoup d'autres options sont possibles, et tout dépend de tes envies et de ton budget. Cordialement Sonia B.”

- Tu la connais cette Sonia?

- Penses-tu! c'est le service conseils du Routard , on se tutoie entre potes !

- Bon on va étudier la question après dîner,on sort ou c 'est cantine de l’hôtel ?

- Allez on sort !

A proximité nous trouvons un petit restaurant chinois,comme partout ailleurs ni pain ni fourchette, pas de surprise ,c’est bon ,rapide et pas cher mais assez épicé. Le vin de Chine est inabordable , ce sera du thé vert de Sichuan.Retour et choix de la prochaine étape ; je retrouve la carte de visite du taxi.

- Son fils et ses yourtes sont au sud du lac évoqué dans le mail, à Barskon,là où Sonia nous déconseille de passer dis-je.Donc je suggère que l’on se rende demain à Ottük,200 km ,dans la partie occidentale du lac...

- Et si l’on doit poser les chaînes à neige ? note Angélique

- Dans ce cas, il faudra compter une moyenne de seulement 40km/h ,et ça prendra la journée...

- On peut y faire étape et parvenir aux yourtes le lendemain ,ça n’est plus très loin .

- Donc, il faut contacter ce gars pour réserver ,ce soir ou demain?

- Comme tu veux ,en ce moment ça ne doit pas être la grande foule dis-je en baillant...Tu as noté l’itinéraire, c’est ce grand programme mis en route par la Chine sur l'ancienne route de la soie.Le progrès sur les traces du Grand Alexandre,l’Histoire en marche…!

Je file à la salle d’eau et perçois l’échange en anglais avec le type des yourtes ,la porte s’entrouvre :

- C’est bon on a une yourte pour deux ou trois nuits et possibilité d' un trek à cheval ou en quad comme on veut ...

- Il est sympa?

- Oui très, j’ai dit que son père nous avait conseillés, il a rigolé .

Alors que nous étions consommateurs de l'excellent tchaï local et de jus d'orange made in China,beaucoup plus rarement du Koumiz fait de lait fermenté auquel on ajoute des flocons d 'orge, le lendemain je suis surpris de la voir trimballer un pack de 9 kg d 'eau minérale acquis à vil prix à la réception du Globe d'Or.

Pas encore comme nous dotés de fonctionnaires voire ministres délégués à la "Qualité de Vie" et d'une "Police Verte", les pays issus de l'ex Urss s'attachent à évoluer économiquement, à l'instar de nos trente glorieuses.

Pollution urbaine, déchets gérés sans contraintes et prospérité entachée de nuisances:

bref notre mode de vie paraît bien plus encadré que dans ces nouveaux États fiers de commercer avec leurs puissants voisins cette Chine toute proche et l’ancien tuteur devenu la Russie de Vladimir Poutine.

L'objet de ces “vacances” a un codicille :prélever des échantillons d'eau du lac Yssyk Kul. Attachée au CNRS et déléguée de l'AIEA auprès de cette institution, Angélique ,sans que j'en sache beaucoup plus s’est vue missionnée par le directeur de son département pour une tâche simpliste en apparence : rapporter au laboratoire des échantillons prélevés dans ce lac Lessik (Yssyk Kul) aux fins d'analyser la qualité de l'eau de cet énorme réservoir.

Une forte suspicion d’immersion de saloperies chimiques et nucléaires circule dans le petit monde des écolos européens.Cyanure et mercure provenant d'une mine d'or abandonnée; quant aux déchets nucléaires des fûts auraient été immergés dans les années 60 provenant d’essais au Kazakhstan voisin.

Prudente,Angélique n’a emporté aucun document scientifique ni carte ni plans.

Nous avons un profil de simples touristes curieux,passionnés de nature.

Je m' étonne cependant quand, parvenus à l’entrée de la ville étape d’Ottük, Angélique me fait soudain arrêter près d’une maison en construction.

- Un besoin pressant ? Mais tu vas te geler les fesses, on arrive dans un quart d’heure!

- T’occupes j’en ai pour une minute ...

L’instant d’après elle revient portant,prélevées sur le chantier, deux briques qu’elle dépose à l’arrière.

- Brrr ! C’est glacé ! Allez roule mon chéri !.

Elle me prend des mains la bouteille d'eau que j’avais entamée.

- ??? Il faudra que tu m’expliques

- Vas-y roule Antoine, on est quasi arrivés ...

J’évite une bande de chèvres ou moutons qui traverse la route suivis par une chamelle et son petit.

- Tiens ils ont deux bosses ici ?

- Oui ma chère : Afrique, une bosse ,Asie deux et poils longs…

Yourtes “nature”

Etape sans histoire dans une modeste auberge où l’on ne parle pas anglais mais russe et kirghize, les deux idiomes locaux.

Arrivée en fin de matinée le lendemain sur la propriété de Nazgul et Olga.Cinq yourtes groupées; silencieux viennent à notre rencontre deux gros chiens. Alentour en liberté 6 ou 7 juments avec leur poulain et des chèvres noires et beiges se partagent des ballots de foin.Quelques bouleaux ,acacias et conifères rabougris. Sous un auvent des poules et un coq perchés ,et, alignés sous des plastiques on devine cinq quads jaunes.

Souriant sous sa chapka Nazgul se présente ; Olga survient accompagnée d’une fillette brune intimidée âgée de 4 ou 5 ans

- Bonjour ,vous avez fait bon voyage?

- Parfait , les routes sont dégagées mais il faut être prudent car ici les animaux sont en liberté ...

- Comment s'appelle votre fille ?

- Anastasia ? Magnifique ! Moi c'est Angélique et lui Antoine !

La fillette se réfugie dans les jambes de sa maman:

- Ah ! Elle est surprise parce que vous êtes noire, elle n’en voit qu’à la télévision !

Nous découvrons la yourte qui nous est attribuée, un poêle est allumé, il fait bon .Une table basse, des coussins et peaux de chèvre, deux coffres peints de motifs végétaux.

D’une bouilloire émaillée sort un filet de vapeur. Les hôtes nous aident à l’installation et nous proposent une collation : gâteaux au miel et un grand bol de thé.Dehors les chiens font le tour de notre véhicule puis viennent se poster devant l’entrée.

- Non merci pas de sucre s’il vous plaît

- Vous êtes bien gardés avec ces chiens !

- Oui c’est notre “ police contre les loups” déclare Olga.

Nous établissons le programme de ces quatre journées en déclinant la suggestion d’une randonnée équestre en moyenne montagne avec bivouac :on ne s’improvise pas cavalier ici. Nous optons pour un parcours en quad.

- Bien sûr tous les cinq, Anastasia bat des mains à l’idée de nous accompagner le lendemain.

- Mais elle monte à cheval depuis ses trois ans ...

- Elle a sa jument et une selle à sa taille ! Non il y a moins de danger qu'en quad et c'est plus naturel…ajoute Nazgul.

- Et une journée pêche sur le lac le surlendemain ?

- Je vous prêterai ma barque avec moteur électrique, les poissons ne sont pas effrayés.

- Ils sont excellents,on en mange souvent et le surplus est salé ou fumé ; je vous montrerai... déclare Olga.

La nuit est calme, seuls résonnent les cavalcades des poulains et les appels des agneaux au lever du jour.L’air est vif le ciel dégagé, moins 15°C au thermomètre.Nous prenons le petit déjeuner dans la cuisine de nos hôtes, Anastasia me tend sa Barbie de bleu vêtue et s’active à la coiffer en la réprimandant.La télé est calée sur la chaîne nationale.

- Aujourd’hui beau temps...annonce Nazgul. Super !

Olga fait passer les blinis tièdes que nous noyons sous le miel .Un régal avec le tchaï et les yogourts au lait de chèvre.

- J’ai 10 ruches en forêt , je vends le miel sur le marché,les oeufs et les laitages viennent de nos animaux nous précise Olga.

- Et c’est beaucoup de travail “ ajoute son mari , pourtant jamais je ne voudrais retourner en ville...

- Mais il faut des clients, des touristes,développer le commerce note Angélique sinon pas d'argent?

- La Chine notre voisin a beaucoup d’argent et nous en profitons Ils construisent nos routes et nous vendent les motos, les ordinateurs,achètent nos produits et viennent en touristes .

- Mais nous préférons les Français , les Allemands,les Suisses. Je garde les contacts avec certains et un jour nous voyagerons en Europe :Venise ,Paris , la Côte d’Azur !...

Nazgul est sorti , on perçoit le bruit des quads bientôt alignés sur le chemin.Lunettes de soleil,gants,chapkas et bottes fourrées ,en route! Olga arrive avec le pique nique dans un sac à dos.Anastasia , son siège de sécurité fixé au quad se cramponne à la sangle derrière son papa et chante une comptine .Nous filons tranquillement sur les berges sableuses du lac, le couple de chiens nous escorte puis bat en retraite après deux kilomètres .

Envie de s'arrêter, prendre des photos ,mais ce sera pour plus tard…

Au retour,fatigués, éblouis, la peau brûlée par l’air vif nous nous laissons tomber sur la couche.Anastasia vient nous quérir pour le dîner et se place entre nous à table.

Journée pêche à la ligne ,Nazgul nous prête deux cannes à lancer ,les lignes sont équipée de leurres bien visibles.Nous prenons les cannes ,lui transporte une batterie de camion dans une espèce de caddie de sa fabrication et me confie la caisse à outils contenant les accessoires :hameçons, bobines de fil ,pinces et menu outillage,l’imposant sac à dos d’Angélique est sensé contenir notre matériel photo.

Le tout est transféré dans la barque , amarrée à un ponton. Quelques consignes ,connexion de la batterie,mise en route et nous naviguons en faisant craquer la glace de la berge .Plus loin pas de glace ,les eaux salées ne gèlent que rarement.Parvenus à bonne distance de la berge ,je prépare ma canne ,teste le moulinet ,la résistance du fil sans doute 6 à 7 kg de résistance .Angélique qui,concentrée sur ses prélèvements a ôté ses gants,peste et jure ses grands dieux qu’on ne l’y reprendra plus .Guère 20 mn après mon premier lancer,assez fier, je relève une prise,modeste mais encourageante; il va dans le casier accroché le long de la barque .

Du coin de l'œil, j'observe ma partenaire concentrée sur ses briques et ses bouteilles .Après avoir sorti une bobine de fil ,elle en passe une extrémité dans un trou de la brique puis l’enroule autour de la bouteille vidée de son contenu .

Avec précaution elle descend ce montage dans l’eau.Le fil se déroule ,des bulles remontent en surface

- C’est bon ,ça marche mon truc s'exclame-t-elle. Regarde !

Quand soudain apparaît en surface la bouteille qui s’est détachée. Je la récupère avec ma canne .La brique ,elle,a sombré par 50m de fond Tout n’est pas perdu ,refusant

l’échec,Angélique réitère, me demandant d'assurer la fixation pendant qu' elle récupère le fil qui forme bientôt un amas de boucles et de nœuds.

Étroitement fixée à l’aide d’un cordon trouvé dans la caisse, la seconde brique arrimée à la bouteille est descendue,le fil s' est entoupillé en un vrai sac de nœuds ,les bulles apparaissent, elle remonte l’ensemble ,revisse la capsule et avec une patience qui force

l’admiration s’applique à prélever les quatre échantillons qui sont aussitôt placés dans le sac à dos.

Après avoir vainement tenté de démêler le fil, elle le coupe et replace le reste dans la caisse à outils.

- Oh ! Antoine ,j’ai envie de pêcher aussi maintenant!...

- Mais ne t'en prive pas mon amie ,c’est bon pour les nerfs !...

Un grognement pour seule réponse ,je dois baisser la tête pour éviter un accrochage mais après plusieurs lancers une belle prise est remontée :je ne connais pas ce poisson qui doit peser pas moins d ‘un kilo pour 35 cm.

- Pour ma première pêche c’est pas mal ,avoue ...Mais avoue Antoine que je sais pêcher !...

- Oui j’ai toujours pensé que tu étais une grande pécheresse !...

Nous éclatons de rire et décidons une pause tchaï .

Les journées suivantes furent tout aussi occupées. Anastasia nous rendait visite sitôt levée,nous chantions en choeur,Angélique :Il était un petit navire et moi Le Gorille de Brassens .Elle riait aux éclats

Le départ du site ressembla à cette émission “Du bout du monde” où tous fondent en larmes avant que chacun retrouve les ornières de la vraie vie.

Sergueï à la remise de la voiture offrit à Angélique un chapeau Ouzbek en renard argenté du plus bel effet à notre arrivée à Roissy.

Et là,au tapis à bagages nous avons récupéré une valise dégoulinante.En soute ,les bouteilles avaient gelé et inondé nos vêtements.

Le lendemain ,j’entendis ma compagne s’expliquer au téléphone avec son chef de laboratoire... puis je réservai une table au restaurant du quartier .

- Un chinois ?

- Non, libanais!

Au cours du repas, Angélique déclara qu’elle serait heureuse un jour de faire visiter Paris à Olga,Nazgul et Anastasia. Je l’approuvai chaleureusement.

29 A jean pierre G.