31A - Nathalie F - Hommage

Hommage

Aujourd'hui je décide de vous rendre hommage, pourquoi aujourd'hui me demanderez vous ? Par ces temps de restriction de déplacement, je me rends compte combien depuis toujours, vous m'avez été indispensables. Ma conscience à votre égard ne vient pas de s'éveiller à l'instant, confusément je me savais redevable envers vous.

La situation de crise a donné à la distance, la géographie un nouvel étalonnage, les kilomètres se sont étirés. Baliverne, répondrez-vous. Non, non, la distance s'est imposée, elle s'est agrandie, elle nous a éloignés des autres, des nôtres. L'espace entre le monde et nous a pris l'ampleur d'une béance. La nature a eu beau m'appeler, les amis sonner le rappel, les projets de voyage, de rencontres sont tous restés dans le carton de la crainte, voire celui encore plus noir, de la peur. Ne protestez pas, c'est une réalité, j'ai oublié vos services, je me suis laissée prendre au jeu de la distance, de l'enfermement. Je vous avais oubliés, je ne vous ai plus sollicités. Je n'en suis pas fière ; vous les fidèles, vous qui sans rechigner n'avez cessé d'accompagner, de porter, de rendre possible. Je vous ai laissé tomber, sans égard, sans même songer à m'en excuser, les kilomètres étaient devenus trop grands. J'ai nié votre besoin d'espaces, votre curiosité, votre besoin de respirer. J'ai occulté votre appui lors de mes premiers pas vacillants, je ne me suis pas rappelé comme vous aviez contribué aux exploits sportifs de mes dix ans, j'ai négligé votre élasticité qui donnait l'énergie bondissante à mes quinze ans. Je n'ai pas reconnu votre légèreté lorsque je courrais vers l'amoureux, je n'ai eu aucune gratitude pour votre ténacité lorsque j'arpentais les chemins du Sud, du Nord ou des déserts. Vous avez accepté mes hésitations, mes décisions hâtives, parfois irréfléchies, mes revirements. Vous avez toujours été discrets, vous avez suivi tous mes aller et venues, parfois je me suis plainte, mais vous jamais malgré les contraintes imposées, moi, inconsciente de votre dévouement silencieux, de votre absence d'état d'âme.

Aujourd'hui je veux réparer l'injustice, je veux vous dire combien je vous aime, combien je vous suis redevable, combien votre soutien depuis le début m'est indispensable et jusqu'au bout le restera. Chaque jour, je prendrai soin de vous, aucun frais, aucun effort ne sera de trop pour votre bien-être. Mes pensées et mes attentions ne cesseront de vous envelopper, je n'aurai de cesse de vous choyer, de vous magnifier. Juré, chez André plus jamais n'irai me chausser.