31B - Lucie B. -Eloge de la main

Mains douces, mains rudes

Prolongement de ma pensée, consciente ou non.

La gauche corrige parfois la droite, la retient. Lorsqu’il n’est pas trop tard, l’empêche d’agir trop négligemment, ou même un peu méchamment envers les autres, envers moi-même.

Toujours naturelles, mes mains s’activent. Se sont activées, s’activeront.

Trop souvent maladroites, elles semblent parfois appartenir à un être que je ne suis pas. Auraient-elles été interchangées à ma naissance avec celles d’un bébé voisin à l’hôpital ? Une enquête s’impose.

Fierté pour certains, pour moi, mes mains dénotent une utilité plutôt brute. Elles ont plus souvent touché un ballon de volleyball, caressé un chat, lavé la vaisselle, agrippé des bâtons de ski de fond, pelé des oranges, plié des chandails, écrit des courriels, coupé des oignons, cueilli des pommes que créé des œuvres artistiques de quelque genre que ce soit. À mon grand dam.

Ce sont ces mains qui s’obstinent à ne pas écouter ce qui me ferait tellement plaisir : sculpter. Sculpter le marbre. Plus particulièrement le porphyre rouge antique d’Égypte. On peut rêver.

Ah!, comme la pierre deviendrait lisse et douce, et parfois même quelque peu translucide, sous le tendre assaut de mes mains. Quelles formes ne prendrait pas ce noble matériau ? Un banc de juvéniles poissons-chats, un air de guitare joué par un manouche, un harfang des neiges croquant une musaraigne enfouie sous la neige, un couple fougueux de danseurs argentins, une famille d’hérissons trottant paisiblement dans un potager, des feuilles d’érable virevoltant dans le magnifique automne québécois...

Je peux rêver.

Rêver, même en sachant que tout ça, c’est pour une prochaine vie. Tout ça, et plus encore. Toute une liste d’activités pour les mains dont j’hériterai alors. Et pas de traffic à la naissance cette fois... à moins que ce ne soit en ma faveur (!).

Oublions pour l’instant l’inutilité artistique de mes chères mains. Malgré tout, je leur dois beaucoup. C’est plus gai de penser à mes mains comme prolongement de mon cœur. Là, elles sont habiles. Surtout quand elles peuvent tendrement effleurer un dos durant une accolade, se poser sur un bras dans un élan d’amitié, enserrer une taille dans un pas de danse, gentiment tenir la main d’un être cher. Pour l’instant, elles doivent gentiment rester refermées sur elles-mêmes. Mais attendez qu’elles puissent vous toucher à nouveau !

On peut tous rêver.

Ciao !

LUCIE