31C - Corinne LN - Avec des si

AVEC DES « SI »

Si j’étais une bulle de savon, légère, gracieuse, éphémère, j’irais me poser sur le bras d’un enfant pour le voir sourire.

Si j’étais une pianiste aux doigts de fées, je vénèrerais mes mains déliées, longues et fines chaque jour que Dieu fait.

Si j’étais passée de l’autre côté, je tempêterais pour que le ciel intervienne avant que notre planète implose.

Si j’étais un pur esprit, je gagnerais un temps fou et je le perdrais certainement en conjectures.

Si j’étais écolière, je baillerais aux corneilles, je regarderais voler les abeilles et j’écrirais mes rêves en attendant des jours meilleurs.

Si j’étais belle comme Naomi, je ne saurais pas s’il m’aime pour ma beauté, mon esprit ou mon âme et ça m’attristerait peut-être.

Si j’étais un homme, je serais un amant attentif, un mari prévenant, un amoureux romantique, un parangon de respect et de tendresse.

Si j’étais un bateau, je fendrais l’écume et ma voile battrait pour un beau marin solitaire et une cause solidaire.

Si j’étais une fleur, je serais une pensée bleue comme le ciel, vivace été comme hiver, nichée dans un jardin percheron.

Si j’étais Aung San Suu Kyi, du fond de mes prisons je serais fière de mon peuple et de ma jeunesse.

Si j’étais à nouveau née, je recommencerais les mêmes erreurs en évitant de me sentir coupable.

Si j’étais un couteau je plongerais dans le cœur des tyrans, je sectionnerais les liens des innocents, je sabrerais le champagne et je fendrais des noix de coco.

Si j’étais l’œil de Moscou, je tairais tous mes secrets.

Si j’étais sourde, j’écouterais ma musique intérieure.

Si j’étais une page d’écriture, je choisirais une page bien précise du « Blé en herbe » de Colette.

Si j’étais un mouton, je ferais mentir Panurge.

Si j’étais Cupidon, je répandrais sur le monde une poussière d’amour

Si j’étais sur une plage, je mettrais tous mes « si » dans une bouteille.