31C - Pascale G - Si j'étais

Si j’étais… une pierre.

Si j’étais une pierre, je viendrais des fonds marins et j’existerais depuis le commencement des temps.

Si j’étais une pierre, je serais sculptée et polie par la mer, lisse et douce, blonde ou ocrée selon l’éclairage.

Si j’étais une pierre, je changerais de couleur en séchant au soleil et retrouverais ma brillance au contact de l’eau.

Si j’étais une pierre, je serai roulée, culbutée, chahutée, entraînée au gré des marées, portée et déportée par les flots.

Si j’étais une pierre, je serais un galet en forme de cœur déposé un jour sur un rivage que je ne connaîtrais pas.

Si j’étais un galet, je me ferais un lit dans le sable en attendant la prochaine marée. Elle viendrait me prendre et m’emporter pour un autre voyage sous des cieux différents.

Si j’étais un galet, je serais un galet nomade au gré de mon destin sachant que mon existence n’aurait pas de fin.

Si j’étais un galet, je ferais des allers-et-retours incessants entre la mer et la terre. Je serais de nulle part mais j’existerais partout où je serais déposé.

Si j’étais un galet, je serais secoué, ballotté, jeté et malmené par les tempêtes et je me reposerais sur les grèves blanches d’écume.

Si j’étais un galet, je serais imprégné de l’odeur des algues et du sel iodé.

Si j’étais un galet, je serais peut-être, un jour, ramassé et adopté par un enfant ou un amoureux au cours d’une promenade sur une plage à marée basse. Je changerais alors d’univers, j’atterrirais sur une cheminée, dans une vitrine ou un tiroir et je deviendrais un souvenir de vacances, un souvenir d’amour offert à une maman ou une amante.

Si j’étais un galet, je serais toujours un élément des mers et des océans immortel et présent dans l’infini.

Pascale Grilliat