32 - Pascale Grilliat - le choix

Le choix

Un choix peut être bon ou mauvais. Il s’effectue au présent et bascule dans l’avenir vers un résultat inconnu. Le choix suggère une dualité. Le plus souvent, deux possibilités se présentent. Difficile d’en choisir une. Il suffit simplement de bien réfléchir, avec lucidité, et de peser le pour et le contre.

A l’heure actuelle, il s’agit pour moi d’un choix chirurgical, me faire opérer ou pas de mes hallux valgus. Ce n’est certes pas une question de vie ou de mort mais une éventualité rassurante, pouvoir me déplacer aisément jusqu’à la fin de mes jours sans trop de problème.

Je supporte ces déformations depuis près de 60 ans, pourquoi ne pas aller alors jusqu’au bout de ma vie avec elles ? D’autant plus que je n’en souffre plus si j’utilise des baskets d’une pointure supérieure à la mienne. Mais, l’âge aidant, ces déformations altèrent la marche par le biais des genoux et des hanches. En outre une bursite (liquide synovial) s’est installée sur l’un des hallux valgus. Un choc ou une compression peuvent la faire éclater d’un jour à l’autre et provoquer une arthrite infectieuse. Une ponction ne servirait à rien car le liquide reviendrait.

L’intervention chirurgicale est par conséquent la seule solution.

Cette opération est ambulatoire et occasionne souffrance et immobilité, interdiction de conduite pendant 45 jours et port de chaussures spéciales pendant un mois ! Il en résulte certainement un traumatisme physiologique et psychique. Ma vie va changer pendant quelques temps. Vais-je bien réagir et supporter ce handicap ?

Il me reste à définir les modalités. Soit effectuer l’opération d’un seul pied et le deuxième plus tard, soit les deux pieds le même jour ce qui diviserait par deux la souffrance et la durée de l’immobilité.

Que décider ?

Ce choix est d’autant plus important qu’il risque de déboucher ultérieurement sur d’autres alternatives. En effet, cette expérience physique et mentale va inévitablement me faire prendre conscience de ma capacité à continuer à vivre dans mon appartement parisien. Mon immeuble est doté d’un escalier pour accéder à l’ascenseur, et ma salle de bain de deux marches pour entrer dans ma baignoire, ( très « diva » mais plus tellement de mon âge) ! Ma maison de campagne possède un perron, cinq marches pour accéder à ma chambre sans parler des deux caves !

Le problème réside dans le fait que je suis très attachée à mes deux résidences. Je ne les quitterai qu’en cas de force majeure. Anticipant ma vie de femme âgée, j’ai déjà songé à vendre mon appartement pour en trouver un autre plus petit et plus fonctionnel. A chaque fois que des occasions se sont présentées, j’ai buté sur un refus de tout mon être principalement affectif. Il en va de même pour la maison de campagne. Rien de très étonnant, toute ma vie j’ai désiré avoir une maison de campagne comme Passe-Rose. Cette dernière et mon appartement parisien sont les deux projets que j’ai réalisés entièrement avec l’Amour de ma vie, Jacques. Cela explique fondamentalement mon attachement irréversible à ces deux endroits. Je pense être en mesure de pouvoir me détacher de nombreuses choses, mais ces lieux de vie sont vraiment à part.

Après mûre réflexion, si je suis vraiment obligée de m’en séparer, la question du choix n’interviendra plus. La décision sera une évidence et une question de bon sens. Ainsi, le manque n’existera pas comme lors de l’arrêt de l’équitation, du ski, des randonnées de 4H et plus. Alors, le regret s’estompera comme par enchantement. Il faut savoir passer à autre chose et lâcher prise !

Munie de ces précieuses réflexions, mon choix est fait.

J’ai décidé de me faire opérer des deux pieds le même jour. Je suis encore en bonne forme physique, il est temps de passer à l’acte ! Ce choix, comme un défi me permettra de mesurer mes capacités d’endurance physique et mentale.

Haut les cœurs et bon courage Pascale !