33 - Jouets

jouets

1 avril 2021

Nous voici comme il y a un an, à la veille d’un nouveau confinement, le troisième. Pour beaucoup d’entre vous c’est à nouveau une période difficile pleine de contraintes et souvent l’isolement. J’espère de tout cœur que l’atelier concourra à vous apporter durant cette période particulière, stimulation, bonheur d’écrire et d’échanger tout simplement.

Le thème des ateliers 33 et 34 de ce mois d’avril sera le jouet, le jeu. Les jouets que l’on retrouve lors de fouilles archéologiques attestent de leur usage plus de 10 000 ans avant notre ère. Je pense notamment à cette dinette découverte en Israël (3500 av JC). (ref de l’article : Le jouet dans l'antiquité)

Aujourd’hui je vous propose de travailler sur le jouet d’enfant. Nous aborderons « le jeu, mais également les jeux » lors d’un prochain atelier donc merci de vous concentrer sur le jouet pour cette première séance.

Et pour commencer, cet extrait d’un texte de Baudelaire : « le joujou du pauvre »

"Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie. Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté. A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, pâle, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur. Charles Baudelaire - Le Spleen de Paris

Proposition A Fiction

Racontez la rencontre de deux enfants qui dans une circonstance particulière, à l’écart des adultes (camps de réfugiés, confinement, voyage ou autre) vont se lier d’amitié autour d’un jouet et d’une activité. Tout les sépare seuls les rapprochent les circonstances et le jouet qu’ils échangent, se sont fabriqué ou utilisent ensemble.

Les jouets vous en avez eu et certains vous ont marqué mais peut-être plus encore ceux que vous n’avez pas eu, ou ceux dont la possession vous faisait peur. Et je vous propose cet extrait de Laura Kasischke

"Stupide et vaincue comme une enfant. Je me sentais comme une enfant qui avait demandé à ses parents un jouet qu'ils ne pouvaient pas lui payer et qu'ils avaient pourtant fini par acheter. Ce que vous voulez vraiment, et ce que vous avez peur qu'on vous donne. " À Suspicious River(1996)

Proposition B Mémoire

Racontez l’histoire de ce jouet dont vous avez longtemps rêvé, parfois tellement longtemps que vous vous l’êtes offert à l’âge adulte ou encore lorsqu’on vous l’a donné vous avez éprouvé un sentiment mélangé de gratitude et d’irritation ou d’autre chose encore… Chacun, chacune a une histoire à raconter avec un jouet…

Et pour finir ce texte de Philippe Claudel "C'était un petit Pierrot bancal, grossier, mal peint, au regard ourlé de noir, au sourire de mystère et de mélancolie, une larme figée à son oeil gauche, un pantin à trois sous que l'on vendait dans les rues jadis. Alors il sentit, en même temps que le pantin paraissait le fixer lui, et lui seul, comme il n'aurait pu fixer personne d'autre, même si des milliers, des centaines de milliers d'hommes et de femmes eussent été dans le même lieu, il sentit s'ouvrir dans sa chair une immense déchirure, comme si d'un coup et sous l'effet du regard de ce Pierrot de bois, tout son être se fendait en deux, jusqu'à l'âme, une déchirure nette, violente mais aucunement douloureuse, un voile que l'on fend d'un trait, un voile ou plutôt un lourd rideau posé sur la part la plus intime de sa mémoire, et cela depuis plus de cinquante années." extraits de « Trois petites histoires de Jouets »


Proposition C Observation et description

C’est un jouet oublié que vous découvrez par hasard. Il a été oublié par un enfant ou vous l’avez gardé depuis des années au fond d’un grenier ou d’une malle. Subitement il porte en lui toute une époque et vous fait revivre un pan de votre vie. Concentrez votre texte sur le jouet lui-même et décrivez le de manière précise et réaliste en utilisant tout le registre des matières qui le composent.

Vous m'adresserez votre ou vos textes par mail en pièce jointe (Word ou open office enregistrée avec votre nom et la référence de la proposition) avant le vendredi 9 avril 2021

Si vous avez des questions sur ces propositions ou des hésitations sur la manière de traiter votre sujet, je suis à votre disposition pour en parler par téléphone. 07 89 68 73 21 (Merci de laisser un message !)

A bientôt

Sybille