A - Pascale Grilliat - La trinquette

La Trinquette.

Je crois que le seul café sur le port de l’île d’Hoëdic est La Trinquette. Je l’ai fréquenté lors d’une randonnée pédestre en avril 2013. Nous sommes 5 ou 6 filles, joyeuses marcheuses, et en fin de journée nous y allons prendre un verre. A cette époque, nous sommes les seules venues du continent et ne passons pas inaperçues au milieu des autochtones, des vieux loups de mer au visage buriné surpris de voir des filles délurées buvant au comptoir des petits verres de vin blanc.

La Trinquette est un café-bar haut en couleurs, tout en longueur, un immense comptoir en zinc occupe presque tout l’espace. Ni tables, ni chaises, sauf sur la terrasse si le temps le permet. Une profusion de bouteilles habillent les étagères sur toute la hauteur du mur derrière le bar, en face filets de pêche, photos ou peintures de chalutiers, portraits de marins, coquillages etc…

Les petits noirs bien serrés et les bières pression fonctionnent à merveille. Les ballons de rouge ou de blanc ont un immense succès et sans doute une vieille gnôle de derrière les fagots se cache pour les habitués connaisseurs !

Le patron de La Trinquette, un grand gaillard, frisant la cinquantaine, s’appelle Jules, Julot pour les intimes. Il est toujours de bonne humeur, cheveux ficelle en bataille, barbe de 8 jours, œil rieur, aimant plaisanter avec la gente féminine que nous représentons. Pull marin usagé, pantalon de velours informe et casquette de marin penchée sur l’oreille, torchon à carreaux sur l’épaule, Jules colle parfaitement avec le cadre de La Trinquette.

En pénétrant dans ce lieu, nous sommes tout de suite envahies par une odeur iodée d’algues, d’alcool et de tabac… une odeur d’hommes de la mer.

Entre deux verres, si le temps le permet, les clients font une partie de pétanque sur le quai leur permettant de reprendre un verre pour fêter le vainqueur. Nous nous joignons à eux et ils sont bien étonnés de nous voir lancer la boule avec tant d’adresse. Le verre se transforme alors en bouteille à partager avec nos coéquipiers. L’ambiance est décontractée et très conviviale. En pointant le cochonnet, nous sommes accompagnées par le ricanement incessant des mouettes, le clapotis de la mer et le chant métallique des filins sur les bateaux.

Plus le temps passe, plus les verres se vident. Les hommes parlent plus fort. Ils racontent leurs potins de marins, la dernière tempête, la panne de moteur, la pêche d’avant-hier, le départ demain aux aurores, la météo pas excellente pour la semaine prochaine.

La Trinquette résume à elle seule le partage, l’ouverture aux autres, être ensemble, la convivialité, tout ce dont nous avons été privés depuis un an et demi ! Heureusement, nous allons retrouver un peu la vie d’avant et nos petits bistrots (en terrasse !).

Pascale Grilliat

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