B - Anne Prohom - Le rendez-vous

Un café ‘’Le Rendez-vous’’

Depuis plus d’une année, une grave pandémie sévissait provoquant un arrêt de la vie sociale et la fermeture de tous les lieux publics. Lors d’un discours, notre Président avait déclaré la mine défaite ‘’Nous sommes en guerre’’.

Dans tous les cafés et restaurants, les rideaux s’étaient baissés, les lumières s’étaient éteintes. Les amoncellements de tables et de chaises constituaient les seuls occupants de ces lieux désertés.

Les salles de spectacle jouaient les belles endormies.

A l’aube de ce nouveau jour, notre pays va recommencer à vivre.

Le printemps a pris son essor. Des arômes odorants envahissent l’atmosphère. La nature participe à cette renaissance : De multiples feuilles flétries au coloris vert tendre jaillissent des bourgeons. A l’unisson, les êtres humains émergent de leur chrysalide !

Les cafés trépignent de joie. Les tables et les chaises se bousculent et rejoignent les terrasses, impatientes d’accueillir leurs soupirants.

Après une année de privation, les amoureux vont retrouver avec enchantement ces espaces de convivialité.

Un désir me tenaille : rallier mon café favori, retrouver l’ambiance bruyante des jours anciens, me délecter des odeurs de café qui chatouillent les narines.

De mon domicile, je rallie la place Denfert Rochereau par le Boulevard Arago. J’aime arpenter cette avenue en toute saison.

A cette période printanière, l’avenue se drape d’une voute dense de marronniers en fleurs aux colorations nacrées. Des immeubles Haussmanniens et modernes se succèdent en continu de chaque côté de la chaussée. Sur le trottoir de gauche, Le Square Henri Cadiou interrompt ce linéaire et resplendit dans son manteau de verdure. A certaines heures, il joue le rôle d’une cour de récréation d’une école voisine. Des bambins et des bambines revêtus d’un même gilet orange, signe de repérage, se poursuivent et courent dans tous les sens. Je longe ensuite le haut mur de la prison de la santé, harnaché de pointes de métal. De hauts miradors dominent l’enceinte. Parfois des éclats de voix et des cris s’échappent des bâtiments.

Poursuivant ma déambulation, je parviens à la place de l’Ile de sein, où trône un socle majestueux sans statue. Anciennement la sculpture d’un célèbre scientifique Arago s’y est élevée ! Pourquoi ce piédestal orphelin ? Que s’est-il passé ? L’explication est la suivante :

Pendant la seconde guerre mondiale, le gouvernement de Vichy, suite aux pénuries de métaux avait décidé de la fonte de nombreuses statues siégeant dans Paris. Subsiste une médaille portant son nom.

Autre anecdote, le tracé du méridien de Paris passe à l’emplacement de ce socle.

En face, l’Observatoire de Paris coiffé d’une imposante coupole dont les pelouses verdoyantes se déploient jusqu’à une imposante grille.

Pendant ce pèlerinage, mon esprit vagabonde…Les battements de mon cœur s’accélèrent au souvenir de cette ravissante jeune femme, que j’avais côtoyé dans mon café favori, avant cette pandémie. Je la revois, ce matin-là, assise devant son ordinateur à la table proche de mon encoignure favorite. Elle m’adressa un charmant sourire. La sortie de mon PC de son étui, déclencha l’échange de quelques mots rapides sur l’utilité de ces machines, avant qu’elle ne rassemble ses affaires et me glisse ‘’un à bientôt j’espère ‘’ en me souriant. Elle s’échappa et disparut dans les profondeurs de la station de métro…

Avant, oui il y a eu un avant ! Chaque jour je passais de longues heures dans ce café, installé derrière mon ordinateur ! Le bruit ambiant m’a toujours inspiré et m’accompagne dans l’écriture. Tous les garçons me connaissaient et de temps en temps venaient échanger quelques mots et s’enquérir de mes besoins.

Ils m’appelaient Monsieur l’Ecrivain !

Le lendemain, j’ai vainement attendu l’apparition de ma belle

Inconnue !

Les jours suivants, j’ai déserté mon café et la capitale pour raisons professionnelles. A mon retour, le couperet est tombé ! La pandémie avait pris une telle extension, qu’un confinement généralisé a été décrété, entrainant la fermeture de tous les cafés et restaurants et anéantissant toute velléité de vie sociale.

Me remémorant ces évènements passés, je rejoins la place Denfert Rochereau, anciennement appelée ‘’Place d’Enfer’’ ou siège le Lion de Belfort, sculpture imposante en plaques de cuivre d’Auguste Bartholdi.

Quel bonheur, après ces mois de privations, de découvrir les terrasses de cafés qui renaissent à la vie.

Je m’approche de mon café favori ‘’Le Rendez-vous’‘ le sourire aux lèvres, heureux de retrouver mon repaire. Je salue le patron et les garçons avec bonheur. Nous échangeons sur les évènements de l’année écoulée et manifestons la joie de nous revoir. Je m’installe à la table que j’affectionne, située dans un angle et dotée d’une banquette confortable. Position un peu à l’écart, mais qui m’offre une vision globale sur le café. Etrange Sensation de me rapproprier un lieu qui m’avait été arraché. L’ambiance est à l’euphorie. Un parfum de liberté plane sur les consommateurs. Les visages sont épanouis, échanges de sourires et d’amabilités. Une sorte de béatitude et de jouissance m’envahit.

Bien installé, dégustant mon café, mon regard surveille les accès dans l’espoir de la voir apparaitre ‘’Elle’’ la Dame de mes pensées. Le temps s’écoule, une légère fébrilité me saisit ! L’impatience de la revoir me tenaille.

Je l’imagine, la visionne… Brusquement l’imaginaire et le réel se confondent. Sa silhouette se dessine en ombre chinoise dans l’une des entrées !

Je tressaille, mon cœur fait un bond dans ma poitrine ! un sentiment de déception m’envahit, en apercevant le jeune homme qui l’accompagne !

Elle jette un rapide coup d’œil, à la recherche d’une table disponible. Nos regards se croisent, un magnifique sourire illumine son visage. Spontanément elle se dirige vers ma table et s’approche. Elle manifeste avec sincérité la joie de me revoir. Je suis chaviré par son comportement et reste quelques secondes sans voix. Puis en homme galant je me lève et lui propose de s’asseoir à ma table avec son ami…Elle acquiesce sans façon et nous nous présentons mutuellement. Audrey énonce : mon frère Adrien ! Quel soulagement de l’entendre prononcer ce mot.

L’ambiance est gaie et détendue ! Nous échangeons comme de vieux amis sur les récents événements et les frustrations ressenties en raison de ce confinement. Elle venait récemment de s’installer Rue Daguerre lorsque ce cataclysme a bouleversé nos existences. Enfin Le cours de la vie reprenait. Elle souhaitait revoir ce café au nom prédestiné, pour lequel elle avait éprouvé un coup de cœur ! Prononçant ces paroles, son visage s’illumine d’un sourire éclatant.

Mon cœur fait des bonds de cabri dans ma poitrine…Je résiste à l’envie de saisir ses mains, de les caresser, de les embrasser.

Le temps défile…Après un café, un verre de vin a suivi afin de fêter ce jour de renaissance. Son frère, discrètement lui rappelle un engagement familial pour le déjeuner. Avec une certaine fébrilité, nous échangeons nos numéros de portable. Je l’invite avec un sourire charmeur que j’espère convaincant, de nous retrouver le lendemain afin de partager un déjeuner dans notre café favori ‘’Le rendez-vous’’ restaurant de bonne qualité…Une rougeur discrète envahit ses joues, elle acquiesce en souriant !

Anne P.

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