B - Dominique Olsenn - sur le zinc

Entrer dans ce troquet pour échapper à la nuit qui rampe à sa poursuite et gomme les contours des trottoirs noyés d’ombres.

Marcher jusqu’au bout du zinc comme vers le bout du monde. S’accouder des deux bras pour contenir cette tête douloureuse entre ses mains vides.

Boire, boire, boire encore jusqu’à confondre le bruit des voix en un ressac dévoyé. L’alcool qui chauffe la langue et brûle la gorge allèche quelques larmes et son regard étranglé s’éclabousse d’un reflet tremblant.

Sourire pauvrement au serveur et incliner la tête pour quémander un autre verre, sec. Attendre. Patiemment. Eprouver les verrous de son absence, enfermé dans un corps solitaire. Guetter la chaleur de l’onde qui peu à peu voyage et l’égare mieux.

Serrer les dents pour affronter son image saccagée de sang. Encore une gorgée, longue. Les couleurs ondulent et se fondent. Enfin.

Se laisser surprendre par son rire bondissant comme un orage de cloches affolées. Le capturer d’un sourire.

Apprivoiser l’écho diffus de sa voix. S’allonger dans le goût de sa bouche. Faire de sa lèvre une rive.

Savoir encore le frôlement de sa peau. Haleter sous la diablerie de son envoûtement troublant.

S’immerger dans l’émeraude de son regard. Dériver. Confiant et délivré.

Boire pour suspendre l’écorchure de l’oubli.

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