A - Anne Prohom l'étoffe des jours

La manière de s’habiller révèle-t-elle la personnalité d’un individu ? Cette réflexion s’applique à certaines personnes et moins à d’autres…

Je revois cette amie maintenant disparue, qui possédait l’art de se mettre en scène. Cela ne semblait pas déplaire à son mari qui en tirait une certaine fierté.

Au cours de notre longue amitié, j’ai été témoin de la séduction qu’elle exercait. Invariablement son arrivée dans les soirées mondaines se remarquait et attisait les regards admiratifs et la convoitise des hommes. Certaines femmes envieuses avaient du mal à dissimuler leur jalousie et ne se privaient pas de quelques réflexions désobligeantes. J’observais avec jubilation les réactions des uns et des autres.

En d’autres circonstances pour des soirées amicales, son élégance naturelle et son goût exquis, déclenchaient des compliments sincères et notre admiration.

Sa garde-robe ne se composait que de tenues chic et élégantes valorisant son aspect physique. Un pouvoir d’achat conséquent y contribuait et représentait un atout indéniable !

Ses robes ajustées et près du corps accentuaient la finesse de sa silhouette et sa taille élancée. Ses vêtement, généralement de couleurs éclatantes illuminaient son visage. Elle appréciait le bleu majorelle qui s’alliait au bleuté de ses yeux, le rose indien qui rehaussait son teint pâle. Le noir avait également ses faveurs et faisait ressortir sa carnation veloutée et sa chevelure aux reflets blond vénitien. Les tissus de ses robes souples et soyeux, ondulaient sur son corps comme une deuxième peau. Tous les accessoires autour de sa tenue concouraient à une harmonie parfaite, bijoux, chaussures, sacs… Elle raffolait également d’ensembles décontractés : pantalons et tuniques dans des matières fluides et brillantes.

Consciente que le créateur l’avait dotée d’un visage un peu ingrat, de traits manquant de finesse, d’un nez un peu proéminent, elle sut user de son charme naturel et d’un sourire irradiant, afin de faire oublier l’imperfection de son minois.

Son métier de mannequin dans sa jeunesse, très vite abandonné, lui avait appris à se mouvoir dans l’espace avec grâce et jouer avec son corps.

Parfois la côtoyant dans un cadre plus intime, je la plaisantais en la découvrant dans son jardin, à quatre pattes, portant un jean défraîchi , et les reins ceints d’un grand tablier bleu de toile rugueuse. Seuls ses amis proches avaient le privilège de l’approcher dans cette tenue de jardinière.

A rebours du dicton ‘’L’habit ne fait pas le moine’’ elle me confia dans nos discussions que ses vêtements lui tenaient lieu d’armure et lui procuraient confiance et assurance. Etant complexée par un visage éloigné des critères de beauté, elle compensait par des tenues étudiées et sophistiquées.

Un vêtement peut-il vous fournir les armes pour vous métamorphoser en une autre femme ?