B - Pascale Grilliat - Le sari bleu

Le sari bleu.

Le sari est un vêtement quotidien très coloré chez les femmes indiennes (de l’Inde) et une robe du soir chez les occidentales.

Dans les années 1970, la société de mon père travaillait avec des fournisseurs indiens. Ils sont venus à Paris et ont offert à ma mère un somptueux sari qu’elle s’est empressée de me donner. Il s’agissait d’une pièce de tissu en soie bleu turquoise soutenu brodé d’or. Je trouvais facilement une boutique pour me confectionner un sari composé d’un petit corsage à manches courtes, agrafé devant, dénudant l’estomac et d’une longue jupe se développant en une immense traîne à porter en drapé sur l’épaule et pouvant aussi recouvrir la tête.

Les occasions pour porter cette superbe tenue sont évidemment assez rares. J’en ai pourtant vécu quelques-unes, réveillons, festivals de musique, soirées costumées, bal de l’X à l’Opéra de Paris, pendaison de crémaillère.

Un chignon et le bindi s’imposent pour accompagner cette toilette. Le bindi est une marque, un point, de couleur rouge en général, placé sur le front des femmes entre les deux yeux. Il est fait d’une poudre de vermillon, de curcuma séché mélangée à de la chaux éteinte. Dans sa version sophistiquée, il peut se présenter sous la forme d’un bijou autocollant souvent assorti à la couleur des vêtements. Ses significations sont multiples. Le bindi est censé apporter le bonheur. Son emplacement entre les deux yeux correspond au 6ème chakra (l’âjnâ-chakra) dans lequel résident les facultés psychiques, il souligne la dimension spirituelle de celle qui le porte. Il est aussi le point du corps par lequel l’énergie se déplace entre les pôles supérieurs (au-dessus de la tête) et les pôles inférieurs (au niveau des organes génitaux). Le bindi placé à cet endroit aurait alors pour effet de retenir cette énergie à l’intérieur du corps. Il peut signifier également que la femme est mariée ou bien n’avoir qu’un intérêt décoratif sans aucune considération religieuse.

Ce qui est certain, ce sari est d’une beauté et d’une élégance rares.

Ainsi parée, en ajoutant un bindi, un collier et des boucles d’oreille turquoise, j’avais l’impression d’être une maharani sortant des contes des Mille et une nuits.

Ce sari continue de trôner dans ma garde-robe toujours aussi soyeux et lumineux. Il ne me rappelle que de bons souvenirs d’élégance raffinée peuplés de rêves exotiques.

Pascale Grilliat