37 - Dialogues

Pour ce premier atelier de juin, je vous propose de travailler sur les dialogues. J’ai choisi cinq extraits de films, séries ou pièces de théâtre. A vous de vous inspirez de celui ou de ceux qui vous conviendra le mieux. La consigne à respecter c’est avant tout de rédiger un dialogue entre deux personnages en évitant des passages narratifs (une voix off) sauf au début pour préciser le contexte de votre scène.

1 - Interview


La Fille sur le pont film de Patrice Leconte: l’interview d’Adèle (Vanessa Paradis) Dans cette scène, Adèle est interrogée par une psychologue.

LA PSY. — Allez-y, Adèle, racontez-nous.

ADELE. — Eh ben, je… je suis…

LA PSY. —Vous avez 22 ans…

ADELE. — Non, je vais les avoir, c’est dans deux mois.

LA PSY. — Et vous avez arrêté vos études très tôt pour rentrer dans la vie active… c’est bien ça, Adèle ?

ADELE. — Oui… c’était pas tellement pour rentrer dans la vie active, c’est, parce qu’à l’époque j’avais rencontré quelqu’un, c’est pour être avec lui que j’ai arrêté mes… puis que je suis partie de chez moi, je préférais vivre avec un garçon qu’avec mes parents, alors dès que ça s’est présenté, j’ai sauté dessus, enfin sur l’occasion…

LA PSY. — C’était un besoin de liberté ?

ADELE. — Ben, de liberté je sais pas… c’était surtout pour coucher avec lui, vous voyez, parce que… quand j’étais plus jeune, je me disais que… la vie, ça devait commencer le jour où on fait l’amour, et qu’avant ça, on est rien… alors le premier qui a eu envie de le faire, je suis partie avec lui, pour qu’on soit que tous les deux, et pour que ma vie commence, mais le problème c’est que ça a pas très bien commencé…

LA PSY. — Mais vous ne vous entendiez pas avec ce garçon ? Pourquoi est-ce que ça n’a pas bien commencé ?

ADELE. — Ben parce que c’est toujours comme ça avec moi, ça commence mal et ça finit encore plus mal, je… tombe jamais sur le bon numéro. Vous savez, les papiers collants qui attirent les mouches, en spirale, ben c’est moi craché, les histoires moches y en a pas une qui me passe à côté… faut croire qu’y a des gens comme ça qui font aspirateur pour soulager un peu les autres. Je tombe jamais sur le bon numéro. Tout c’que… j’essaye ça rate, tout c’que j’touche, ça se transforme en vacherie.

LA PSY. — Comment vous expliquez ça, Adèle ?

ADELE. — Ah ben, la poisse ça s’explique pas, hein, c’est… comme l’oreille musicale, si vous voulez, on l’a ou on l’a pas.

(…)

LA PSY. — Comment vous voyez votre avenir, Adèle ?

ADELE. — Je sais pas… quand j’étais petite, euh… j’avais qu’une seule idée, c’était de grandir, je voulais que ça aille plus vite. Mais maintenant, je sais pas à quoi ça a servi tout ça. Puis je sais plus. Devenir plus vieille. Ce qu’il y a devant moi… j’ai l’impression que c’est comme une salle d’attente, dans une grande gare, avec des bancs, des courants d’air, et derrière les vitres des tas de gens qui passent à toute allure, sans me voir, ils sont pressés, ils prennent des trains ou des taxis, ils ont quelque part où aller, quelqu’un à retrouver. Et moi, je reste assise là, j’attends…


LA PSY. — Mais vous attendez quoi, Adèle ?

ADELE, après une hésitation pleine de larmes. — … qu’il m’arrive quelque chose.

1 -Proposition - Un interview

Rédigez un dialogue entre deux personnes sous forme d’interview. L’un des deux peut être un journaliste, un enquêteur, un médecin… etc.

2 - Ecrire mais sur quoi ?

À travers le miroir d’Ingmar Bergman : David et Martin

Karin compagne de Martin est atteinte de schizophrénie. La maladie ronge la jeune femme, et désespère Martin, ainsi que David, le père de Karin. Ce dernier, en qualité d’écrivain, est tenté d’exploiter ce drame en écrivant un livre…

DAVID. — On dirait qu’il va pleuvoir.

MARTIN. — Vraiment ?

DAVID. — Qu’est-ce que tu as ?

MARTIN. — Pourquoi ?

DAVID. — Tu es presque hostile.

MARTIN. — Je me demande si je peux te parler.

DAVID. — Je t’en prie.

MARTIN. — Ça concerne Karin. Elle a fouillé ton bureau et elle a trouvé ton journal. Elle l’a lu bien sûr… Qu’as-tu écrit ? Karin voulait que je te demande.

DAVID. — J’ai écrit que sa maladie est incurable, et que j’ai une terrible envie d’en étudier le processus. Je n’ai pas d’excuse. Je suis indéfendable.

MARTIN. — Il est toujours question de toi et de ce que tu fais. Tu es perverti dans ton insensibilité. « Etudier le processus », un exemple parfait.

DAVID. — Tu ne comprends pas.

MARTIN. — Non, c’est vrai. Mais je comprends une chose : tu cours après les sujets. La maladie de ta fille, une véritable mine d’or.

DAVID. — Je l’aime, Martin.

MARTIN. — Aimer ? Toi ? Tu es dénue de tout sentiment. Tu n’as même pas de pudeur. Tu sais exprimer les choses avec les mots justes pour chaque instant. Mais il y a une chose que tu ignores totalement : la vie elle-même. Tu es lâche ! Et mou ! Et tu excelles dans l’invention des prétextes et des excuses.

DAVID. — Que dois-je faire ?

MARTIN. — Écris ton livre. Il te donner a peut-être ce que tu voudrais plus que tout : la renommée comme auteur. Comme ça, tu n’auras pas sacrifié ta fille en vain, mais…

DAVID. — Non, non, vas-y, dis ce que tu allais dire.

MARTIN. — Il y a un Dieu que tu flattes dans tes écrits… Je vais te dire une chose : ta foi et tes doutes sont peu convaincants. Le plus spectaculaire est ta capacité d’affabulation.

DAVID. — Je le sais très bien.

MARTIN. — Pourquoi tu continues, alors ? Pourquoi ne pas faire quelque chose d’honnête ?

DAVID. — Quoi donc ?

MARTIN. — Tu as déjà écrit un mot de vécu pendant ta vie d’écrivain ? Réponds, si tu peux.

DAVID. — Je ne sais pas.

(…)

MARTIN. — Je ne comprends pas.

DAVID. — De mon vide est né quelque chose qui est difficile à définir, à nommer. Un amour. Pour Karin. Et Minus. Et toi. Un jour, je te raconterai peut-être… Maintenant, je n’ose pas… Mais si… je veux dire… Si c’est comme je l’espère… N’en parlons plus maintenant.

2 – Proposition

Deux écrivains d’univers très différents se rencontrent et parlent de leur inspiration, de leurs motivations pour écrire. Celles-ci peuvent être très différentes et pas toujours très louables…

3 - Tu me ressembles et je te hais

Uranus de Claude Berri : la tirade monstrueuse de Monglat (Michel Galabru)

voici un autre passage mythique du chef d’oeuvre Uranus. Michel Galabru y est exceptionnel, et balance quelques-unes des répliques les plus monstrueuses de sa carrière…

Le fils Monglat entre dans le bureau de son père et reste figé.

MONGLAT : Qu’est-ce que tu as… ? Qu’est-ce que t’as à rester planté là ?

LE FILS : Prends une feuille de papier et écris c’que je te dicte. Dépêche-toi. (Monglat s’exécute avec étonnement et appréhension.) « Mon cher fils… la vie m’étant insupportable… »

MONGLAT, s’arrête d’écrire : Qu’est-ce qui te prend ? Tu deviens fou… ?

LE FILS, plus fort : « La vie m’étant insupportable… J’ai décidé de mettre fin à mes jours. »

MONGLAT : Tu deviens fou, tu veux que je me suicide… ?

LE FILS, crie : Écris c’que je te dicte ou j’te fais foutre en prison !

MONGLAT : Pardon ?

LE FILS : Tu m’as associé à tous tes sales trafics dégueulasses, tu m’as fait rentrer dans le maquis pour que ça te serve de couverture, t’as fait de moi un chien de garde de ton argent pourri ! Mais aujourd’hui c’est fini. Tu vas payer pour l’assassinat de Léopold !

MONGLAT : Parle moins fort, c’est un accident.

LE FILS : Trop facile… Tu vas payer… (crie.) Assassin !

MONGLAT, se lève et s’avance : Tu vas la fermer, imbécile ! Ou c’est moi qui te fais arrêter. Tu te prends pour quelqu’un… ? Mais si je ne m’étais pas enrichi avec les boches, tu serais tout juste bon à faire un chauffeur de taxi. Le milliardaire c’est moi, ne l’oublie pas. Je lève le petit doigt et c’est toi qui vas en prison. Léopold… tu vois ce qu’il lui en a coûté de faire le malin… ?

LE FILS : Tu es une ordure…

MONGLAT : Oui… mais une ordure riche. Une ordure qui tremble pour ses millions. Tu es tellement bête que tu n’as même pas appris à me connaître. Tu me crois toujours le bon vivant d’avant la guerre, le papa rigolard, qui rencontrait son fils au bordel à deux heures du matin… Tu ne comprends que je n’ai plus d’amis, plus de plaisirs… Ma seule joie, c’est la souffrance des autres. Mon régal, c’est de lire dans les journaux la liste des fusillés, les compte-rendus des procès, les dénonciations, ça me fait jouir ! Les juges bien dégueulasses, les journalistes indicateurs, les besogneux de la Résistance, ceux qui vendent leurs copains pour une petite place au soleil ou un reflet à la boutonnière, ça me fait jouir ! Moi, le gros dégueulasse, je suis considéré, j’ai le Préfet à mes bottes, les sourires des ministres… Et toi, tu t’amènes en justicier, pour me faire la morale… ? Monsieur veut jouer les jolis cœurs… ? Ce collabo que tu veux protéger, donne-moi son nom que je te l’envoie au poteau !

LE FILS : Tu ferais pas ça… ?

MONGLAT : J’vais me gêner ! Crois-tu que si j’avais un fils dont j’ai pu être fier, j’aurais fait toutes ces saloperies, pendant quatre ans… ? Mais tu me ressembles… trait pour trait. Quand je te vois… Je me dégoûte ! (au bord des larmes.) Allez… fous le camp… ou c’est moi qui te fais coffrer !

LE FILS : Fumier…

Le fils sort. Monglat fond en larmes, se ressaisit immédiatement et retrouve son masque d’homme vide.

3 – Proposition :

Ils sont père et fils ou mère et fils, frères et sœurs ou associés et ils se règlent leur compte à propos d’un héritage, d’une affaire ou autre…

4 - La drague

Voici une courte scène extraite de la série Le Bureau des Légendes (saison 1, épisode 4). Marina (Sara Giraudeau) est envoyée par la DGSE à l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) pour construire sa « légende » en vue d’une mission en Iran. Reza, son supérieur à l’IPGP, lui fait des avances, et on conseille à l’apprentie-espionne de trouver un stratagème habile pour éconduire son collègue. Un soir, Reza raccompagne Marina en voiture. Tous les deux se retrouvent coincés dans les embouteillages sous une pluie battante…

REZA : Ca te plaît alors, l’Institut ?

MARINA : Oui, beaucoup. J’apprends plein de trucs. Les gens sont sympas.

REZA : Tant mieux. Je n’ai jamais eu de collaboratrice comme toi. Je trouve que tu es très intelligente, tu sais, vraiment. Ca te gêne que je dise ça ? que je pense ça ?

MARINA : Non, non, c’est gentil.

REZA : Non mais c’est vrai. Pour une fille de ton âge, je trouve que tu as un regard, une manière de voir… tu es douée.

MARINA : Merci…

Reza caresse le visage de Marina.

REZA : Tu crois qu’on pourrait se voir en dehors de l’Institut, tous les deux ? Tu y as déjà pensé ?

MARINA : Vous voulez dire en… en dehors… Non, c’est pas possible. Je peux pas.

REZA : Pourquoi ça ? Parce que je te plais pas, ou parce que je suis marié ?

MARINA : Non… Je suis désolée… C’est… Euh… C’est difficile, mais… Vous ressemblez à mon père en fait. C’est nul, hein, je sais…

REZA : Il a quel âge ton père ?

MARINA : Il est mort quand j’avais six ans. Il avait trente-cinq ans.

REZA : Je suis désolé.

MARINA : Il a eu un lymphome, et c’est allé très très vite. Normalement on le guérit, c’est 90% de chances, c’est le cancer des chanceux, mais, lui, non… Mais moi je l’avais pas vu depuis mes quatre ans. J’ai été lui rendre visite à la fin. On m’a laissée entrer dans sa chambre, et je suis restée dix minutes, il disait rien… Je savais pas trop quoi faire… Et puis, une infirmière est venue et elle s’est rendu compte qu’il était mort. Depuis que j’étais entrée, il était mort. Les infirmières avaient pas vu.

REZA : Ca te dérange si je fume ?

MARINA : Non… Je sais pas trop ce qu’on se serait dit de toute façon… Pardon, c’est un peu glauque…

Reza fume en silence.

REZA : T’aurais été plus vite à pied…

MARINA : Mais j’aurais été trempée…

4 - Proposition– Harcèlement au travail ou drague…. Maintenant c’est devenu difficile mais imaginez et rédigez une petite scène de séduction en milieu professionnel…

5 - L’amour…. Toujours

Racine – Bérénice Acte IV, Scène 5

Bérénice, Titus

BERENICE, en sortant

Non, laissez-moi, vous dis-je.

En vain tous vos conseils me retiennent ici :

Il faut que je le voie. Ah, Seigneur ! Vous voici.

Hé bien, il est donc vrai que Titus m’abandonne ?

Il faut nous séparer. Et c’est lui qui l’ordonne.

TITUS

N’accablez point, Madame, un prince malheureux.

Il ne faut point ici nous attendrir tous deux.

Un trouble assez cruel m’agite et me dévore,

Sans que des pleurs si chers me déchirent encore.

Rappelez bien plutôt ce coeur, qui tant de fois

M’a fait de mon devoir reconnaître la voix.

Il en est temps. Forcez votre amour à se taire ;

Et d’un oeil que la gloire et la raison éclaire

Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur.

Vous-même contre vous fortifiez mon coeur ;

Aidez-moi, s’il se peut, à vaincre sa faiblesse,

A retenir des pleurs qui m’échappent sans cesse ;

Ou, si nous ne pouvons commander à nos pleurs,

Que la gloire du moins soutienne nos douleurs ;

Et que tout l’univers reconnaisse sans peine

Les pleurs d’un empereur et les pleurs d’une reine.

Car enfin, ma Princesse, il faut nous séparer.

BERENICE

Ah ! Cruel, est-il temps de me le déclarer ?

Qu’avez-vous fait ? Hélas ! Je me suis crue aimée.

Au plaisir de vous voir mon âme accoutumée

Ne vit plus que pour vous. Ignoriez-vous vos lois,

Quand je vous l’avouai pour la première fois ?

A quel excès d’amour m’avez-vous amenée !

Que ne me disiez-vous : «Princesse infortunée,

Où vas-tu t’engager, et quel est ton espoir ?

Ne donne point un coeur qu’on ne peut recevoir».

Ne l’avez-vous reçu, cruel, que pour le rendre,

Quand de vos seules mains ce coeur voudrait dépendre ?

Tout l’empire a vingt fois conspiré contre nous.

Il était temps encor : que ne me quittiez-vous ?

Mille raisons alors consolaient ma misère :

Je pouvais, de ma mort, accuser votre père,

Le peuple, le sénat, tout l’empire romain,

Tout l’univers, plutôt qu’une si chère main.

Leur haine, dès longtemps contre moi déclarée,

M’avait à mon malheur dès longtemps préparée.

Je n’aurais pas, Seigneur, reçu ce coup cruel

Dans le temps que j’espère un bonheur immortel,

Quand votre heureux amour peut tout ce qu’il désire,

Lorsque Rome se tait, quand votre père expire,

Lorsque tout l’univers fléchit à vos genoux,

Enfin quand je n’ai plus à redouter que vous.

TITUS

Et c’est moi seul aussi qui pouvais me détruire.

Je pouvais vivre alors et me laisser séduire.

Mon coeur se gardait bien d’aller dans l’avenir

Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir.

Je voulais qu’à mes voeux rien ne fût invincible ;

Je n’examinais rien, j’espérais l’impossible.

Que sais-je ? J’espérais de mourir à vos yeux,

Avant que d’en venir à ces cruels adieux.

Les obstacles semblaient renouveler ma flamme.

Tout l’empire parlait ; mais la gloire, Madame,

Ne s’était point encor fait entendre à mon coeur

Du ton dont elle parle au coeur d’un empereur.

Je sais tous les tourments où ce dessein me livre ;

Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre,

Que mon coeur de moi-même est prêt à s’éloigner ;

Mais il ne s’agit plus de vivre, il faut régner.

BERENICE

Hé bien ! Régnez, cruel ; contentez votre gloire :

Je ne dispute plus. J’attendais, pour vous croire,

Que cette même bouche, après mille serments

D’un amour qui devait unir tous nos moments,

Cette bouche, à mes yeux s’avouant infidèle,

M’ordonnât elle-même une absence éternelle.

Moi-même, j’ai voulu vous entendre en ce lieu.

Je n’écoute plus rien, et pour jamais, adieu.

Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence, et que le jour finisse,

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !

L’ingrat, de mon départ consolé par avance,

Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?

Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.

(…)

TITUS

Hélas ! Que vous me déchirez !

BERENICE

Vous êtes empereur, Seigneur, et vous pleurez !

TITUS

Oui, Madame, il est vrai, je pleure, je soupire,

Je frémis. Mais enfin, quand j’acceptai l’empire,

Rome me fit jurer de maintenir ses droits :

Il les faut maintenir. Déjà plus d’une fois

Rome a de mes pareils exercé la constance.

Ah ! Si vous remontiez jusques à sa naissance,

Vous les verriez toujours à ses ordres soumis.

L’un, jaloux de sa foi, va chez les ennemis

Chercher, avec la mort, la peine toute prête ;

D’un fils victorieux l’autre proscrit la tête ;

L’autre, avec des yeux secs et presque indifférents,

Voit mourir ses deux fils, par son ordre expirants.

Malheureux ! Mais toujours la patrie et la gloire

Ont parmi les Romains remporté la victoire.

Je sais qu’en vous quittant le malheureux Titus

Passe l’austérité de toutes leurs vertus ;

Qu’elle n’approche point de cet effort insigne.

Mais, Madame, après tout, me croyez-vous indigne

De laisser un exemple à la postérité,

Qui sans de grands efforts ne puisse être imité ?

BERENICE

Non, je crois tout facile à votre barbarie.

Je vous crois digne, ingrat, de m’arracher la vie.

De tous vos sentiments mon coeur est éclairci.

Je ne vous parle plus de me laisser ici.

Qui ? Moi ? J’aurais voulu, honteuse et méprisée,

D’un peuple qui me hait soutenir la risée ?

J’ai voulu vous pousser jusques à ce refus.

C’en est fait, et bientôt vous ne me craindrez plus.

N’attendez pas ici que j’éclate en injures,

Que j’atteste le ciel, ennemi des parjures.

Non, si le ciel encore est touché de mes pleurs,

Je le prie en mourant d’oublier mes douleurs.

Si je forme des voeux contre votre injustice,

Si devant que mourir la triste Bérénice

Vous veut de son trépas laisser quelque vengeur,

Je ne le cherche, ingrat, qu’au fond de votre coeur.

Je sais que tant d’amour n’en peut être effacée ;

Que ma douleur présente, et ma bonté passée,

Mon sang, qu’en ce palais je veux même verser,

sont autant d’ennemis que je vais vous laisser ;

Et sans me repentir de ma persévérance,

Je me remets sur eux de toute ma vengeance.

Adieu.*

5 – Proposition Si vous vous sentez l’âme alexandrine ou du moins poétique je vous invite à vous faire l’écho d’une belle histoire d’amour ou plutôt de sa fin. La raison d’état ou la fin d’un adultère sonnée par la Madame Junon d’un Jupiter inconstant…

Merci de m’adresser vos textes par mail (en pièce joindre word ou open office) pour le vendredi 11 juin.

Exceptionnellement en voyage à l’étranger… dans une île grecque je ne serai peu ou pas disponible par téléphone. Bien entendu vous pouvez m’écrire par mail mais pour toute question technique ou concernant cette proposition, je vous recommande de vous adresser à Valérie Weber 06 17 53 70 98. Si elle n’est pas disponible, laissez-lui un SMS et elle vous rappellera. A très bientôt par mail et en vidéo…