Laurent Eichbaum - Île Ô mon Île

38B – ÎLE Ô MON ÎLE – LAURENT

Île, ô mon île, daigne écouter mon histoire. Elle est celle d’un fou hanté par des chimères. J’errais parmi les temples dressés à la gloire d’un dieu fourbe et trompeur aux mots d’ordre éphémères, vénéré de fidèles nourris d’illusions, de rêves enchantés et de vaines promesses. Dans cette jungle habitée par des êtres sauvages, malveillants et hostiles à mes pas égarés, peuplée de cris blessants, de fièvres et de rages, je me savais perdu, sans but, désemparé, prêt à m’abandonner sans pouvoir m’y soustraire aux cruautés du monde et à ses vents contraires.

J’ignorais qu’un ailleurs était possible. Ton existence ne m’était pas inconnue mais de toi l’on disait pis que pendre. Les récits les plus fous me parvenaient par bribes. On te disait maudite, fatale aux audacieux. Voici ce que l’un d’eux me dit un jour de toi : « Ses rives incertaines sont son meilleur rempart. Hostiles aux conquérants, elles se dérobent à leurs assauts, s’effacent sous leurs pieds, les abandonne à leur furie. Ses contours mouvants sont trompeurs à qui ne sait les deviner. Il te faudra courage, malice et persévérance et si la fortune te sourit, tu n’auras rien à perdre et pourras tout gagner : le sourire du matin, la joie du midi et les plaisirs du soir ». J’y pensai jour et nuit, à la fois tiraillé par tes charmes vantés et la peur de l’échec. Je ne me connaissais aucun génie tactique, me savais sans audace et dénué d’avantages. Ton image rêvée peu à peu s’effaça sous la pression des jours et le poids des tourments.

Île, ô mon île, un jour, déviant de ma route, renonçant à lutter contre des vents mauvais, je me laissai porter par le courant du doute. Tu apparus soudain à mes yeux stupéfaits. Je n’avais rien conçu, rien tenté, rien voulu mais le destin pour moi avait tout préparé. Je n’avais aucun plan, aucune dessein précis mais j’abordais sans peine tes rives apaisées. Tel était le secret : les rêves sont rebelles à qui veut les soumettre.

Île, ô mon île, tu m’as offert l’accueil de ta langue de sable et les bras de ton anse aimante et salvatrice, soigné mes blessures pourtant inguérissables et ton cœur a gommé mes laides cicatrices.

Île, ô mon île, donne moi ton amour et je t’offre le mien.

En ton sein je suis moi et l’autre n’est plus rien.