39 - Bénédicte Fredaine - Au bord de l'océan

Au bord de l’océan

Au bord de l’océan, j’écouterai le vent et les flots, je me laisserai surprendre par les effluves iodées, je m’écorcherai les mains sur les rochers, je verrai la faune s’ébattre et la flore s’étirer, je goûterai la mer.

En bordure de mer, je marcherai dans le vent d’été, je humerai ses parfums et ceux de l’océan. Au creux des rochers je découvrirai crevettes agiles, coquillages mordorés, minuscules crabes verts restés par mégarde dans les flaques cristallines laissées par la mer en allée.

Très vite, je quitterai ces activités menues pour partir à la découverte de l’estran, enivrée par le parfum iodé des goémons luisants, des longues algues brunes ondulantes et glissantes, végétations étranges accrochées aux rochers, envahissant le sable si doux aux reflets de diamant.

Je me précipiterai vers la vague montante, chacune dépassant la précédente. Le sable fin, fuyant, se dérobera tout d’abord sous mes pas, je percevrai ses frémissements, aux aguets j’écouterai les crissements de sa chanson. Ne résistant plus, je plongerai soudain au cœur d’une vague juste formée avant qu’elle ne se jette sur le rivage, et je nagerai. Je nagerai longtemps, me laissant porter par cette force transparente, souple, sûre.

Je goûterai le sel resté sur ma peau. Je marcherai tout au bord du flot mouvant qui lèchera mes chevilles et se dispersera en éclaboussures scintillantes. Je rirai de joie et de bonheur de ce bien-être offert.

J’escaladerai les rochers gris, les rochers roses, les pointes acérées et les formes arrondies, les cailloux rouleront sous mes pas maladroits, ils descendront jusqu’à la plage lointaine. Je gagnerai le chemin des douaniers, j’atteindrai la falaise tout là-haut, couverte d’ajoncs piquants, d’herbes folles et de buissons ébouriffés. De ce promontoire escarpé je dominerai la baie fouettée par les sifflements du vent, je m’emplirai les poumons de l’air du large, j’accompagnerai du regard la course des voiles piquant vers l’Ouest.

Au pied du phare, le vieux peintre sera là, encapuchonné dans son ciré, scrutant l’horizon dont chaque jour il cherche à déceler et repousser les limites. Au premier plan de son tableau il aura esquissé les herbes folles qu’il aime.

Moi, j’affronterai l’agressivité des grains de sable et des graviers du sentier bousculés par le vent. Je ne percevrai pas qu’ils cinglent mon visage et le blessent car ce soir, au couchant, je vivrai un moment rare et pour moi unique : je veux surprendre l’apparition éphémère du furtif rayon vert, instant féérique.

Puis je rejoindrai mes amies les mouettes qui sans cesse m’appellent, je m’envolerai avec elles, très haut, très loin. Avec elles je franchirai les flots, en quête d’étoiles nouvelles.