39B - Diana Wander - La Casa de Quiros

La Casa de Quiros

Elle est blanche et tous les étés sous les caresses de la brosse souple qui la chaule elle redevient éblouissante.

Elle est cubiste, désuète et pourtant innovatrice, une succession de cubes à terrasses incrustés les uns aux autres séchant les traces salées de la plus haute vague d’hiver au soleil implacable de la Gran Isla

Baléaress … Trop visitées trop fréquentées trop envahies par les hordes nordiques cherchant à bon prix la brûlure du soleil méditerranéen

Mais Toi la maison cubique tu es hors d’atteinte, au Nord Est près du Cap Formentor, ancien repaire de contrebandier, Folie sortie de l’esprit d’un original péruvien venant cacher ses méfaits aux yeux du monde au début de années vingt du vingtième siècle. Longtemps accessible uniquement par la Mer, la route de la vertigineuse corniche qui vint à rétablir un accès terrestre ne te rendit pas plus facile d’abord

Tu es encore pour moi lors de mes siestes ensoleillées, le seul regret, le seul refuge à jamais refusé et à jamais nimbé de nostalgie.

Tes murs le soir rendaient la chaleur emmagasinée toute la journée à mes muscles fatigués de nager de skier de courir comme les chèvres locales, et tandis que se vidait la carafe de verre à bulles bleue des Verreries de Campanet dont je transvasais le liquide rouge et sirupeux du vin local en le faisant couler dans ma gorge, martyrisant mes courbatures adossées aux vieux meuble en rotin encore tièdes, je me laissais aller en douceur dans une stupeur que seul le vin local savait dispenser;

Casa Quiros

Tu étais mienne sans m’appartenir, tu as fait une incursion de 20 ans dans ma vie de nomade, point d’ancrage qui me fut prété par la Vie et les méandres de l’Amour, ce long fleuve de sentiments brulants et glaçants qui a son homonyme en Chine Le fleuve Amour … mais le mien, le nôtre, celui qui nous unit pendant ce voyage n’était signalé sur aucune carte sauf la fameuse carte du tendre !

Le manque de la chaleur de tes murs, de la douceur de l’eau de mer de la piscine surplombant les rochers abruptes dans laquelle je me jetais le soir pour soulager mes coups de soleil et pêcher la lune si pleine si ronde et la rêverie qui s’en suivait m’emportant à califourchon sur le corps moelleux de l’astre nocturne que je chevauchais en partant explorer les étoiles de la Voie lactée

Tout cela réduit en phrases nostalgiques, en regrets ibériques où quelques larmes salées montent à mes yeux et piquent telles les embruns de la mer si bleue de la Baie, tout cela parait dérisoire car depuis notre dernier tête à tête 40 ans ont passés et jamais je ne peux t’oublier ni effacer

Ta Beauté

Ta chaleur

Ta blancheur éphémère

Le goût de ton pain rustique, du fromage de Mahon et du miel épais de tes goûters

Ton silence

Ton hospitalité

Les parfums de garrigue

Tes relents poissonneux

Les bruits à deux temps des petits bateaux de pêche au petit matin

et tes murs accueillants mes états d’âme

Le manque d’un être humain est facilement concevable

Le manque d’une maison peut-il tout simplement contenir en secret les absences et les ratées d’une vie trop vite passée ?