41 - Trahisons

Pour ce quarante et unième atelier en ligne, je vous invite à visiter le thème de la trahison. Avec ce grand classique, de la tragédie antique à nos jours, c’est l’occasion de décrire en détail la cohorte des mauvais sentiments, des «passions tristes » comme les nomme Spinoza : la tristesse, la jalousie, la honte, le ressentiment de la victime mais aussi pourquoi pas, les impressions du traître…

Au Moyen-Age, les traîtres sont nombreux dans les chansons de gestes et les romans de chevalerie. Au siècle classique dans le domaine amoureux. L'adultère y voisine avec les paroles trompeuses des séducteurs dont Don Juan est la figure emblématique… La figure du traître évolue au fil du temps. C’est l’antithèse du héros positif, mais il ne faut pas oublier que leur humanité les rend assez proches de nous…

Quelque soit la proposition que vous choisirez, l’important c’est la description de la face sombre des sentiments, le tourment des rancœurs, envies, amertume, mensonges et désillusions...

Commençons par Le Bal d’Irène Némirovsky avec la trahison d’Antoinette… Et souvenons-nous que l’on n’est trahi que par les proches…

A – La vengeance d’Antoinette

Antoinette vient d'avoir quatorze ans ; elle rêve de participer au bal qu'organisent ses parents, les Kampf, pour faire étalage de leur fortune récemment acquise. Mais sa mère, plus pressée de jouir enfin de cette opulence tant attendue que de faire entrer sa fille dans le monde, refuse de convier Antoinette au bal. La vengeance d'Antoinette, aussi terrible qu'inattendue, tombera comme un couperet, révélant le vrai visage de chacun.

. Attendre... et ces mauvais désirs... Pourquoi cette envie honteuse, désespérée, qui ronge le cœur en voyant passer deux amoureux au crépuscule, qui s'embrassent en marchant et titubent doucement, comme ivres...Une haine de vieille fille à quatorze ans ? Elle sait bien pourtant qu'elle aura sa part ; mais c'est si long, ça ne viendra jamais, et, en attendant, la vie étroite, humiliée, les leçons, la dure discipline, la mère qui crie... (…) Une espèce de vertige s'empara d'elle, un besoin sauvage de bravade et de mal. Les dents serrées, elle saisit toutes les enveloppes, les froissa dans ses mains, les déchira et les lança toutes ensemble dans la Seine. Un long moment, le coeur dilaté, elle les regarda qui flottaient contre l'arche du pont. Et puis, le vent finit par les emporter dans l'eau. (…)

Elle vit le visage de sa mère où les larmes coulaient, se mêlant au fard, un visage plissé, grimaçant, empourpré, enfantin, comique... touchant... Mais Antoinette n'était pas touchée ; elle ne ressentait rien d'autre qu'une sorte de dédain, d'indifférence méprisante.

A – Proposition Fiction ou souvenir, racontez-nous une de ces petites trahisons dont vous auriez été le témoin, l’auteur ou la victime dans votre milieu familial, amical ou pourquoi pas professionnel. Comme pour Irène Némirovsky, il peut s’agir d’une trahison déguisée en mensonge. L’important c’est de décrire les sentiments des protagonistes.

B – Une vie trahie avec « Les Braises » de Sandor Marai

Dans un château de la campagne hongroise, Henri, un général de l'armée impériale à la retraite, attend la venue de Conrad, son ami de jeunesse et condisciple de l'école militaire. Cela fait 41 ans exactement qu'ils se sont perdus de vue, depuis cette partie de chasse au cours de laquelle Conrad a pointé son fusil vers Henri, avant de disparaître le lendemain, sans aucune explication. Pourquoi ce geste ? Pourquoi ce long silence ? Pourquoi la femme d'Henri, impliquée dans l'affaire, a-t-elle toujours refusé de parler ? Aujourd'hui, après toutes ces années, les deux hommes vont enfin pouvoir s'expliquer. Roman flamboyant de l'amitié et de l'amour et de la trahison… où les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé.

« - Nous étions de vrais amis... Je me suis demandé si un ami qui nous a déçu, parce qu'il n'était pas un véritable ami, doit être blâmé pour son caractère pour son manque de caractère ? À quoi sert une amitié dans laquelle nous n'apprécions réciproquement que la vertu, la fidélité et la constance ? N’est-il pas de notre devoir de rester aux côtés aussi bien de l'ami infidèle que du fidèle, prêts à nous sacrifier ?

- Je voudrais savoir à qui tu poses cette question, dit Conrad

- À nous deux. Je me suis souvent demandé si la véritable essence de tous les liens humain n'est pas le désintéressement qui n’attend ni ne veut rien, mais absolument rien de l'autre et qui réclame d'autant moins qu'il donne davantage. Lorsque l'on fait don de ce bien suprême qu'un homme peut donner un autre homme, je veux dire la confiance absolue passionné, et lorsqu'on doit constater que l'on n’est payé que d'infidélité de bassesse... a-t-on le droit d'être blessé et de crier vengeance ? «

B – Proposition : Pour quelles raison trahir ? Dans le roman de Sandor Maraï le mari trompé s’explique avec l’ami perdu. Christine l’épouse ne parlera pas on ne saura jamais ce qu’elle pensait, ce qu’elle désirait et la raison de son silence et de son adultère.

Je vous propose d’écrire le point de vue du traître, de l'infidèle. Il peut s'agir de ses confidences que vous auriez reçues ou d'une lettre d'aveu. C'est une femme ou un homme qui aurait choisi délibérément de quitter, de trahir son mari, sa femme, un ami ou une amie de toujours.

D – La trahison amoureuse en poésie

Pauline Mary Tarn, alias Renée Vivien, est née le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française

Terreur du mensonge

Renée Vivien

Oui, j’endure aujourd’hui le pire des tourments,

Tu m’as menti… Tu m’as trompé… Et tu me mens ! …

Mensonge caressant qui glisse de ta bouche !

Ô serment que l’on croit, ô parole qui touche !

Ô multiples douleurs qui s’abattent sur vous

Ainsi qu’un petit vent pluvieusement doux ! …

Comme un lilas ne peut devenir asphodèle,

Jamais tu ne seras ni franche ni fidèle.

Tu seras celle-là qui se dérobe et fuit

Plus sinueusement qu’un démon dans la nuit.

Ô toi que j’aime encor ! L’horreur de ton mensonge

Est dans mon cœur amer… Il me mord, il me ronge…

Je suis lasse d’avoir suivi les noirs chemins…

Col frêle qu’on voudrait prendre entre ses deux mains !

Renée Vivien, Dans un coin de violettes, 1910

D – Proposition C’est sous la forme d’un poème que je vous invite à décrire les sentiments vénéneux ou l’abîme de la déception qui suit la trahison.

Merci de m'adresser votre ou vos textes par mail en pièce jointe (Word ou open office) avant le Lundi 13 septembre Si vous souhaitez une image n’oubliez pas de l’envoyer en Jpeg. Pas de Pdf et pas dans le corps du texte s’il vous plait !