Dominique Olsenn - Adolescence

Une adolescente, une toute jeune fille, enfant unique élevée dans le coton et l’ignorance de la bourgeoisie de province. Ses rêves s’étoffent et s’animent de modèles féminins parmi les chanteuses à la mode, les mannequins, les amies de sa mère, ses copines. Les garçons chatouillent sa curiosité naissante de leurs moustaches encore soyeuses.

Elle rêve de longs cheveux lâchés ondulant sur ses épaules et de frange habillant le regard de mystère. On l’oblige à attacher sa longue chevelure au-dessus d’un front sans ombre. En cachette, elle essaie le mascara et l’eye-liner enfermée dans la salle de bains, sème des taches de rousseur sur son nez, rosit ses lèvres. Tout artifice lui est interdit… « passe ton bac d’abord » !

Pour améliorer son anglais, un voyage en Angleterre lui est proposé. Une famille l’attend… un pilote, son épouse et sa fille de 9 ans. Les risques de « débauche » semblent être maîtrisés.

De l’autre côté de la Manche, les attentes sont autres. La charmante épouse du pilote lui apprend à manier fond de teint, blush, ombres à paupières et khôl. Elle se maquille chaque jour avec une joie encore enfantine, jusqu’à se persuader que son père, si jaloux de préserver son innocence le plus longtemps possible, ce papa sera subjugué par l’apparition de sa nouvelle fille. Elle se trouve si grande, si belle !

Dans l’avion qui la ramène vers lui elle apporte les dernières touches … l’œil charbonneux, les lèvres roses, les joues rehaussées d’un brun délicat… Elle a hâte de lui faire la surprise, le cadeau ingénu de sa féminité éclose !

Elle le repère dans la foule et lui adresse son sourire le plus radieux et confiant.

Décontenancée par la mine fermée de son père, elle s’approche lentement. Il recule sans l’embrasser et la poignarde d’un « suis-moi » !

Sans un mot dans la voiture, elle ne comprend pas. Pourquoi n’est-il pas content, heureux de la voir si belle, si grande ?

Au premier village traversé, il s’arrête devant une fontaine. Et sans la regarder lui intime un ordre tranchant. « Va te laver … tu es sale » !


Dominique Olsenn