Claudine O. Une journée particulière et...

14 novembre 2020..

Sandra terminait joyeusement un dîner entre copines dans son bar à vins préféré. Le chardonnay bien frais participait à l’ambiance. Elles étaient bien en marge de la menace COVID 19, on verra bien de quoi demain sera fait.

Sandra et ses amies n’allaient pas tarder à l’apprendre, quand la patron est venu annoncer les mesures qui seraient en vigueur dès le lendemain. Fermeture des bars et des restaurants.

Un air de dernière danse s’empare de tous les présents. Dernière danse, dernière chance…

Une tablée d’homme d’affaires extérieurs à la région (parce que jamais vu, tout le monde se connaît ici) se rapproche tout naturellement de la table de Sandra et de ses amis.

Pour une dernière danse, fut-elle assise, la mixité convient.

Par le hasard de ce jeu de chaises musicales sur fond de dernière danse, Sandra se trouve en face d’un inconnu. « Pas mal » se dit-elle tandis qu’il remplit son verre (lui aussi boit du chardonnay) : « Profitons-en c’est le dernier avant longtemps, trinquons à l’avenir. »

En trinquant, leurs yeux se rencontrent, se verrouillent. Les yeux clairs de Sandra, les yeux noirs de l’inconnu. Tout est à dire, tout est dit. Une porte s’ouvre sur l’avenir. Se revoir, et même ne pas cesser de se voir, pas maintenant, jamais peut-être, commencer une histoire qui ne pourra être autre que magique. Cela fait si longtemps qu’elle espère. Elle est là cette histoire qui commence, elle tisse un voile irisé autour d’eux qui les isole du reste du monde.. Soudain ils sont seuls autour de cette table, malgré la présence joyeuse et bienveillante des amies de Sandra et des collègues de Tanguy. Ils ont échangé les prénoms avant de se regarder, et plus aucun mot n’est alors échangé. Tanguy se lève, sans doute pour régler l’addition. Sandra ne bouge pas, en sidération, mais une bonne, une belle sidération…Tanguy revient, tend la main à Sandra et ils partent. Rien n’a été dit mais tout a été dit avec les yeux. Opportunément Sandra habite à côté du bar à vin, mais ils marchent sous l’ombre propice des grands arbres du square. Leur baiser va sceller une porte sur l’avenir.