Françoise L - Témoignage d'Alice : Une belle journée

Le témoignage d’Alice D.: Une belle journée.

- Allo, Madame Dezelle ? Bonjour j’enquête pour l’émission « les pieds sur terre. » Puis-je vous poser quelques questions ?

- Oui, bien sûr.

- Où étiez-vous le 11 septembre 2001 ?

- … (silence) Alice D. se souvient et me conte les évènements ainsi :

Il y a vingt ans, il faisait beau dans le massif de la Chartreuse, le ciel était clair sans nuage. Nous vivions ensemble depuis tout juste un an, c’étaient nos premières vacances sans cartons ni travaux. Grâce au cinéma itinérant nous avions revu la veille le film Amélie Poulain dans une salle communale aux fauteuils vieillots, dénués de tout confort.

Ce jour là le panorama de la pointe de la Cochette est exceptionnel. Face à nous les silhouettes des sommets alpins se découpent sur l’horizon, en premier lieu les pentes abruptes du mont Granier et l’imposante dent de Crolles, en second plan le massif de Belledonne, au loin derrière l’ombre des Bauges, la blancheur parsemée de la chaîne du Mont Blanc. Les yeux remplis de ces merveilles, nous redescendons vers le Désert où nous attend notre voiture. C’est une belle journée ! Ponctue Arthur en s’installant au volant : J’ai grand faim ! Après s’être rassasiés nous décidons de stationner à proximité d’un terrain où quelques jeunes gens s’exercent au parapente ; nous voilà prêts à écouter notre émission préférée. Les voiles colorées virevoltent autour de nous, leur ballet nous réjouit.

Arthur allume la radio, sur France Inter il est dix sept heures. Ce n’est pas la voix de Daniel M. me dit-il, ce n’est pas normal, ont-ils remplacé l’émission par un feuilleton de science fiction ? Surprise je reconnais tout de suite Stéphane P., le journaliste de la matinale, dans le son de sa voix transparaît une gravité particulière. Que se passe t-il ? Dans ce décor champêtre et idyllique l’horreur du World Trade Center surgit, nous submerge. Dans un premier temps nous n’y croyons pas, cela semble irréel, d’autant que nous n’avons aucune image. Au gîte du Sabot de Vénus où nos logeons, l’absence de réaction de notre hôtesse, nous laisse perplexes, elle a bien une télévision dans son espace privé mais ignore notre demande. Sommes-nous les seuls dans ce village à nous inquiéter sur le sort des Américains ? Cela doit être une hallucination, un mauvais cauchemar, demain nous nous réveillerons. Malheureusement le lendemain nous avons confirmation de cette atroce réalité, face à la Mairie les habitants ont déposés pensées, fleurs et banderole à l’intention des victimes de ces attentats. Instinctivement je m’empresse de téléphoner à ma nièce qui attends son premier enfant.

Quelques jours plus tard nous verrons les photos des tours détruites, dans la presse, prenant ainsi conscience de l’ampleur du drame humain. Lors de notre retour sur Lyon, nous pourrons enfin partager avec d’autres notre émotion.

Alice conclut ainsi, non sans sourire : Ce devait être une belle journée, notre mardi 11 septembre 2001.

Propos recueillis par Françoise L.